Béatrice Hanin quitte la direction du Rive gauche à Saint-Etienne-du-Rouvray et prend celle de la scène nationale de Saint-Nazaire le 1er janvier 2018. Une belle promotion pour cette femme qui fait de la culture un acte militant et a écrit un nouveau chapitre de l’histoire de la première scène conventionnée pour la danse en Normandie.

Elle aura assuré presque deux mandats… Béatrice Hanin a en effet porté deux conventionnements pour la danse. Elle quitte le Rive gauche à Saint-Etienne-du-Rouvray après avoir été nommée à la direction de la scène nationale de Saint-Nazaire. « 5 ans, c’est une bonne durée, cela permet de lancer des choses, de les installer, de les faire vivre et de les stabiliser ». Une nouvelle étape dans un parcours commencé au musée des Beaux-Arts de Nancy, au château de Blois avant l’Atheneum à Dijon, le centre culturel de l’Université de Bourgogne à Dijon. Son arrivée au Rive gauche durant l’automne 2012 a été un retour en Normandie. Béatrice Hanin a grandi en ex-Basse-Normandie et passé son adolescence en ex-Haute-Normandie. C’est à Rouen qu’elle fait ses premiers pas de spectatrice, au théâtre des Deux-Rives et aussi au Théâtre des Arts. Depuis, la culture a été une nourriture essentielle. Elle est devenue un véritable engagement avec cette volonté de partager un propos, une émotion. Sans omettre cette partie essentielle qu’est l’action culturelle.

« Des jaloux »

Béatrice Hanin a imposé sa propre vision dans une salle alors fortement marquée par l’empreinte de son directeur précédent, Robert Labaye. Le Rive gauche, « c’est un bel équipement. J’ai envie de l’affirmer : c’est la plus belle salle de l’agglomération rouennaise. Dans son côté organique. Elle a de nombreux atouts : la taille de son plateau, le confort, le rapport entre la scène et la salle, la pente est parfaite, son équipe pour son investissement et son attachement au lieu. C’est aussi un phare dans cette ville, un ambassadeur. Nous faisons des jaloux ». Seul manque : une petite salle « pour accueillir des découvertes, des émergences, pour aller sur des territoires de la danse plus expérimentaux ».

La directrice s’est inscrite dans l’histoire du Rive gauche, dans cette programmation pluridisciplinaire, populaire et exigeante. « La première saison, nous étions dans l’expérimentation. Il a fallu trouver un point d’équilibre qui se trouve après observation et par un travail d’équipe et de concertation. Il faut s’apprivoiser et se faire confiance ». La danse est restée la colonne vertébrale des différentes saisons. « C’est la singularité du Rive gauche. C’est ce qu’avait initié Robert Labaye. J’ai souhaité que la danse soit la première discipline. Elle occupait un tiers de la programmation. Depuis deux ans, elle atteint les 50 % ». Une nécessité pour la directrice car « dans la région, il y a trop peu de plateaux, de studios et de moyens pour la danse. La Normandie n’a pas de centre national de développement de danse contemporaine. Il y a de l’activité, de beaux équipements, de belles compagnies mais pas énormément non plus. Le Rive gauche doit être un moteur, accompagne et a un rôle de complémentarité avec le centre chorégraphique de Normandie ».

Dans sa programmation, Béatrice Hanin a inséré des Clés pour la danse, des ateliers avec des artistes professionnels grâce à Voulez-vous danser avec moi ? et une Nuit de la danse, un événement original pour découvrir des formes singulières. Des rendez-vous pour la danse ne fasse plus peur ou moins. « Pourtant, aujourd’hui, les dispositifs éducatifs sont en fragilité. C’est un élément inquiétant. Il est encore nécessaire d’apporter une éducation. Nous sommes dans une culture cérébrale et non corporelle. Il faut donc apprendre le lâcher prise, le plaisir ».

Trois salles

Jamais, Béatrice Hanin n’a oublié les textes pour la force des mots afin de questionner autant le corps que la voix. « Il a fallu faire des choix dans le champ de la littérature contemporaine, dans les écritures vivantes en raison d’arbitrages budgétaires ». Et des « vrais choix et prises de risque » comme la coproduction de Ça ira de Joël Pommerat. « Ce spectacle est un cadeau pour tout le monde. Il est essentiel pour comprendre la démocratie, la fragilité d’un système démocratique ».

Béatrice Hanin quitte le Rive gauche pour la scène nationale de Saint-Nazaire, une salle de 800 places, une seconde de 200 places et une salle de cinéma. « C’est un nouveau challenge ». Et Béatrice Hanin aime ça. « C’est un autre réseau. Là, on rebat les cartes. On change les missions ». Béatrice Hanin va développer un projet pluridisciplinaire « plus ouvert sur l’international ». Au 1er janvier 2018, elle sera dans une région où elle a « toujours rêvé de vivre », dans une ville qui porte « un projet politique très fort, très ambitieux pour la culture ».