bakerBots1-4Après le très remarqué Inoxydable, le Rouennais Steve Baker est de retour avec Bots, série décalée dans laquelle les robots ont pris le pouvoir après la disparition de la race humaine.

 

 

 

Pouvez-vous parler de votre amour viscéral pour les robots ?

Depuis tout petit, j’ai toujours trouvé l’univers des robots passionnants. Et plus particulièrement les relations entre hommes et robots, leur opposition autant que ce qui les rapproche, comme le yin et le yang. Comme si l’homme était le complément du robot, et le robot complément de l’homme ; l’homme en quête de perfection, et le robot en quête d’humanité. Dans Bots, nos robots ressemblent énormément à des humains finalement. Ils ont une tête, deux bras, deux jambes : ils sont un mix entre des corps organiques et de vieilles boites de conserve. Après que l’humanité ait disparue, ils se retrouvent avec tout ce que l’homme a créé pendant des siècles, et finissent par vivre une mascarade de vie « à l’humaine ». Comme nous finalement. Et puis aussi continuer à se battre sans raison, juste parce qu’ils sont programmés pour ça…

 

Pensez-vous que le futur que vous décrivez dans Bots soit imaginable, avec les robots qui survivent à l’extinction de la race humaine (qui est un thème récurrent en science-fiction) ?

Quand on constate qu’aujourd’hui, des conflits violents se produisent partout dans le monde, et que les armes de guerre, dont certaines sont des robots, sont vendues en masse, on peut imaginer le pire ! Parfois, on finit par ne plus savoir pourquoi certains font la guerre. Ceci dit, le fait d’imaginer que l’humanité finisse par être éradiquée et que les robots dominent le monde est une hypothèse un peu jusqu’auboutiste ! On est encore loin des robots créés par les Cylons dans la série télé Battletar Galactica qui se rebellent et prennent la place de leurs créateurs. J’ai discuté récemment avec un chercheur en robotique de l’Université de Rouen qui confirme qu’il n’y a pas de souci pour l’instant. Pour exemple, Microsoft a testé une intelligence artificielle qui se base sur les comportements humains, et notamment apprend des réseaux sociaux. Au bout de 24 heures, le robot était devenu complètement fou, violent, raciste. ll répétait sans discernement les propos des internautes, sur Twitter notamment. Ça fait peur.  En revanche, dans Bots, nous montrons d’une manière détournée que les multinationales dominent le monde et qu’il n’y a pas de raison que cela change dans le futur. Le drapeau de la coalition, par exemple, est un mix entre le drapeau des Etats-Unis et le logo de Coca-Cola. Celui de leurs adversaires est affublé d’un aigle et ressemble à Pepsi. Le message est clair. C’est probablement cynique, mais bien réel.

 

Bots couvDans Bots, vous mettez en scène un robot super-héros, habillé en parodie de Captain America un peu ridicule. Une manière de régler certains comptes ?

Oui, clairement ! J’ai beaucoup lu de comics étant enfant mais j’ai fini pas en avoir marre de me faire avoir. Quand des personnages meurent à la fin d’un numéro, pour systématiquement réapparaitre au suivant, c’est lassant. Il n’y a plus de suspense donc tout – et n’importe quoi – est possible. Et puis il y a les costumes. De nos jours, ils n’ont plus aucun intérêt. A l’origine, c’était pour faire référence aux costumes de catcheurs, mais maintenant, ça fait plutôt rigoler.

 

De vous ou Aurélien Ducoudray le scénariste, qui a eu l’idée de Bots, et comment s’est passée votre collaboration ?

Bots est né d’une rencontre. Aurélien m’a dit qu’il avait beaucoup apprécié Inoxydable (Casterman, scénario Seb Floch, ndlr), et de mon côté, The Grocery qu’Aurélien avait sorti chez Ankama avait été un énorme coup de cœur. Je m’étais dit que j‘accepterais n’importe quoi de ce type-là. Donc, on a réfléchi à un projet commun, passé par plusieurs phases, pour aboutir à l’idée de Bots, Aurélien connaissant mon attachement particulier pour les robots. Quant à notre collaboration, les choses se sont passées le plus naturellement du monde. Régulièrement, Aurélien m’envoyait des chapitres avec des moments clef, et en retour, je lui proposais un découpage. Pendant toute la construction de l’album, on ne s’est pratiquement pas corrigé. On a formé un binôme efficace. D’ailleurs, quand on faisait un point téléphonique, on passait plus de temps à parler de cinéma, de figurines, que du projet lui-même tant tout était limpide. Et puis il se trouve que lui et moi venions d’être papa au moment où l’on a imaginé la série. Nous avons donc d’un commun accord décidé de faire sortir un bébé du ventre d’un robot-nourrice au beau milieu de l’album…

 

Vous avez dessiné des albums pour plusieurs maisons d’édition (Vents d’ouest, Dupuis, 13 étrange…). Et aujourd’hui Ankama, avec lesquelles vous semblez en réelle confiance…

Quand on est dessinateur de bd, pour vivre de sa pratique, il est difficile de réduire ses projets à une seule maison d’édition. Je suis vraiment content du travail que fait Ankama pour promouvoir l’album. Run, le responsable du label 619, nous a fait quelques retours très intéressants et nous a boostés en étant enthousiaste. L’éditeur a acheté des publicités dans la presse spécialisée comme Casemate ou DBD. Je n’ai jamais été autant soutenu, ça fait plaisir. En plus, ils ont décidé de mettre en vente l’album à seulement 10 €, pour faire en sorte que le prix ne soit pas dissuasif. D’habitude, pour un album de 100 pages, le prix oscille entre 20 et 25 €. C’est une politique éditoriale qui a déjà fait ses preuves chez Urban Comics, avec des albums comme Southern Bastards, vendus eux aussi à 10 €, et qui ont fait un gros carton.

 

Sur quels projets travaillez-vous en ce moment ?

Le tome 2 de Bots est déjà signé. On est très contents car d’habitude, les éditeurs attendent souvent de voir si le 1er tome d’une série marche avant de lancer la suite. Je fais aussi beaucoup d’ateliers, d’illustrations, des affiches de festival dont celle de Du grain à démoudre, de Gonfreville-l’Orcher. J’ai aussi dessiné 8 pages de bd dans Michel, la nouvelle revue culturelle régionale. J’ai aussi participé au lancement du magazine Groom chez Dupuis, et au 3ème tome d’Axolot chez Delcourt, où divers dessinateurs illustrent des histoires courtes autour de problématiques scientifiques. Et le 11 juin, je participerai à La route du Livre à Rouen.

 

 

Propos recueillis par Laurent Mathieu