Le Frac Normandie Rouen donne une carte blanche à Élodie Lesourd. La plasticienne et musicienne propose avec Lambda Pictoris une exposition rétrospective d’une œuvre trans-picturale, entre art conceptuel et abstraction géométrique. À voir jusqu’au 5 mai.

Musique ou peinture ? Élodie Lesourd n’a pas voulu choisir. Adolescente, elle était guitariste dans un groupe de filles. « On répétait. On donnait des concerts ». Elle entre à l’école des Beaux-Arts de Lyon, avant d’intégrer celle de Nantes. Là, se posent des problématiques de calendrier. « Je n’avais plus assez de temps pour la musique. Je n’arrivais pas à lier les deux. Mon apprentissage aux Beaux-Arts était très classique. Parler de musique relevait d’une forme d’extravagance. Pourtant, d’autres artistes l’avaient fait avant moi, et ce dès les années 1950. C’était concomitant de la naissance du Rock ».

En deuxième année de son cursus, la musique commence à manquer à Élodie Lesourd. « J’ai compris que je pouvais mêler la musique et l’art. J’ai alors fait mon apprentissage personnel. J’ai effectué beaucoup de recherche. J’ai beaucoup lu. J’ai toujours eu une soif d’apprentissage théorique, intellectuelle, culturelle. J’avais envie d’aller où personne n’était encore allé ».

Dans le réel

Pour Élodie Lesourd qui expose Lambda Pictoris au Frac Normandie Rouen, nombreux points communs existent entre la musique et la peinture. « Il y a beaucoup de Do it yourself. Dans la musique d’une part, puisque je n’ai pas de formation musicale particulière, j’ai appris la guitare seule ou en jouant en groupe. Quant à l’art, j’ai toujours eu une certaine facilité à dessiner. Petite, j’étais inscrite dans un atelier pour adultes où on peignait d’après nature, les paysages comme les natures mortes ».

Ce n’est pas tout : il y a dans les deux disciplines artistiques un côté éphémère qui séduit Élodie Lesourd. « La musique est quelque chose d’insaisissable. Elle n’est là que quand on la joue. Même un morceau que l’on écoute, comme tout enregistrement, appartient au passé. Je cherche alors à faire durer les sensations, la peinture tente d’arrêter le temps ». L’artiste appréhende ce réel, repère les codes et les symboles, les repense dans des compositions originales pour les débarrasser de tout référent et avoir accès à la forme pure.

Élodie Lesourd utilise son pinceau comme sa guitare. Elle puise autant dans l’histoire de l’art que dans la musique, notamment dans le black metal. Son objectif : « éprouver les limites de la représentation et de la signification au sein de la peinture ». Élodie Lesourd se lance dans une série hyperrockaliste. L’artiste repère des photographies d’installations d’autres artistes contemporains, qui parfois isolent des éléments ; en les repeignant, elle apporte « un surplus de réel ». 

Infos pratiques

  • Jusqu’au 5 mai, du mercredi au dimanche de 13h30 à 18h30 au Frac Normandie Rouen à Sotteville-lès-Rouen. Entrée libre et gratuite. Renseignements au 02 35 72 27 51 ou sur www.fracnormandierouen.fr

Les rendez-vous

  • Mercredi 13 février à 12h30 au Frac : visite commentée de l’exposition Lanbda Pictoris
  • Jeudi 28 février à 18h30 au Frac : conférence de Pascal Rousseau, historien de l’art
  • Dimanche 3 mars à 15h30 au Frac : visite commentée de l’exposition Lanbda Pictoris
  • Samedi 9 mars à partir de 14h30 au 106 : carte blanche à Élodie Lesourd avec des installations, des conférences, des projections de vidéos et des concerts dont celui de Sunn O)))).