photo Philippe Mazzoni

photo Philippe Mazzoni

Le Rock dans tous ses états retrouve une configuration normale avec ses trois scènes et une affiche alléchante sur laquelle s’alignent des groupes qui font l’actualité musicale. Le festival accueille les 24 et 25 juin à l’hippodrome de Navarre Louise Attaque, Casseurs Flowters, Hyphen Hyphen, Papooz, Aaron, La Maison Tellier, Odezenne… Et aussi Grand Blanc, le quartet qui avance entre noirceur et lumière, entre pop et electro. Mémoires vives, titre du premier album sorti en février dernier, intrigue, happe. Le groupe joue vendredi à 20 heures au RDTSE. Entretien avec Benoît, chanteur.

 

Vous avez déjà sorti deux EP. Que représente la publication d’un premier album ?

C’est une étape très importante. C’est un disque que nous avons composé ensemble après une phase de studio. Un long format est l’occasion de prendre du recul sur ce que nous faisons. Humainement, c’est aussi une grande étape. Nous avons dû travailler ensemble, être cohérents. Cela donne obligatoirement confiance.

 

Cela vous a amené à travailler différemment ?

Grand Blanc s’est construit à partir de titres que j’avais écrits tout seul. Nous avions fait les arrangements. Petit à petit, nous avons commencé à composer ensemble. L’écriture des textes a suivi le même rythme que la composition de la musique. Dans ce travail, nous avons cherché à donner le rapport que l’on pensait le plus juste entre texte et musique. Pour nous, c’était très différent. Comme nous travaillons sur ordinateur, tout le monde peut écrire des synthés, des batteries. Et chacun de nous a été à l’initiative d’une chanson, a apporté des morceaux sans trop réfléchir à l’avance. Cet album est le fruit d’un travail collectif.

 

Est-ce plus complexe ?

Ce n’est pas la manière la plus simple mais la plus adaptée pour nous. On a l’impression que l’écriture du texte ou la base mélodique sont les premières étapes. Arrivent ensuite les arrangements. Pas pour nous. Nous avons besoin de plus de liberté. Un processus plus chaotique est davantage évident pour nous.

 

L’écriture, est-ce une énergie ?

Nous avons voulu avoir une écriture plus directe, mettre en effet beaucoup d’énergie primaire dans ce disque. Dans notre EP, il y avait des chansons plus traditionnelles, plus pensées, plus distantes. Ce qui nous importait était vraiment d’avoir quelque chose de plus direct, de plus jouissif. Même si parfois les chansons sont assez sombres. Pour nous, c’est un enjeu de présenter quelque chose d’énergique.

 

Vous parlez de chansons. Pourtant, vous bousculez les codes et les formats de la chanson.

Oui, nous bousculons les formats mais ce n’est pas une revendication. Nous ne voulons pas être dans des habitudes, des réflexes, des automatismes. Pour cet album, chacun est arrivé avec des fragments de textes. Nous avons ensuite tout mélangé pour laisser place à la surprise.

 

 

 

 

Essayez-vous de la provoquer ou de la laisser venir cette surprise ?

Nous essayons de la provoquer. Pour les textes, nous mettons en rapport des mots qui sonnent mais qui ne créent pas forcément de sens. Nos chansons racontent des choses simples. Vivre reste le sujet principal. Nous avons envie que cela reste étrange parce que vivre est étrange. Il faut conserver l’étonnement.

 

Le sens s’impose ensuite ?

Rien n’arrive tant qu’il n’y a pas de sens. Il advient. Des fois, nous voulons parler. Des fois, nous ne voulons pas. Quand la chanson est terminée, on en prend possession et chacun y trouve un sens. Ce n’est pas pour rien que nous avons titré une chanson, Surprise Party. Party qui peut aussi s’écrire avec un i.

 

Pour vous, un texte reflète-t-il un moment ?

Je ne sais pas. Cependant, les textes résonnent avec des moments de nos vies. Nous aimons surtout quand le sens des chansons est à définir. Il n’est pas donné. Nos chansons sont participatives. Rien n’est fermé. Elles sont des endroits où on se crée de l’espace.

 

La chanson est l’endroit de beaucoup de possibles ?

Je crois vraiment que c’est un lieu très privilégié de l’art. Nous sommes dans le domaine de l’incarnation physique de la langue. La chanson est souvent écrite, enregistrée, figée. Elle ne doit pas être comme cela. C’est l’endroit de la rencontre absolue entre le corps et la voix. C’est très populaire et anodin mais très mystique. C’est aussi humble et arrogant. Et nous aimons ce mélange.

 

C’est donc plein d’enjeux ?

Comme nous avons des caractères et des goûts différents, la chanson devient un trucage. On n’est pas forcément dans le vrai. Alors ça marche ou ça ne marche pas. Il est là notre enjeu. Comme nous travaillons de manière organique, nous mélangeons plein de choses. Par exemple, L’Amou fou, un des derniers titres, est une chanson écrite à partir de bribes de textes, une espèce de collage, un patchwork. Pourtant, c’est le morceau le plus sensé de l’album. C’est aussi le titre d’un livre de Breton. Nous sommes en plein accord avec la vision de l’amour que défend le surréaliste. C’est donc le sens et l’étonnement qui justifient les œuvres.

 

 

La Programmation du Rock dans tous ses états

  • Vendredi 24 juin : Brav, Alice on the roof, Destruction Unit, Nuit, La Maison Tellier, Grand Blanc, Nuisible, Naïve New Beaters, Loya, Odezenne, Louise Attaque, Ed Banger House Party, Stuck in the sound, Aaron, 2Manydjs.
  • Samedi 25 juin : Bror Gunnar Jansson, Perfect Hand Crew, Loya, Bantam Lyons, Heymoonshaker, Nuisible, Dollkraut, Papooz, Nuit, Pone, Hyphen, Hyphen, Brav, Parquet courts, Casseurs Flowters, Comah, Converge, Madben, Method Man & Redman, Super Discount 3.
  • Le Rock dans tous ses états, vendredi 24 juin à partir de 17 heures et samedi 25 juin à partir de 15 heures à l’hippodrome de Navarre à Evreux. Tarifs : de 66 à 54 € les deux jours, 47 €, 42 € une journée. Réservation sur www.lerdtse.com