Après Lucky, personnage de En Attendant Godot, Richard III, Jean Lambert-wild endosse à nouveau les costumes de son clown blanc pour explorer la figure de Don Juan. Avec Lorenzo Malaguerra, le comédien et metteur en scène s’est penché sur le mythe de ce personnage si célèbre à travers une relecture de la pièce de Molière. Dom Juan ou le festin de Pierre est joué mercredi 24 avril au Rive gauche à Saint-Étienne-du-Rouvray. Entretien avec Jean Lambert-wild.

Est-ce que votre clown blanc a pris les habits de Don Juan ou l’inverse ?

C’est une bonne question. L’un s’accommode de l’autre. Mon clown doit avant tout faire entendre la parole de Don Juan. Pour cela, ils doivent être en symbiose.

Comment êtes-vous parvenu à cette symbiose ?

Elle est venue assez naturellement. J’ai effectué un travail de composition sur la langue de Molière. Cela demande un phrasé particulier si on veut la rendre concrète. Elle ne doit surtout pas apparaître comme une étrangeté.

Pourquoi avez-vous choisi cette fois-ci la figure de Don Juan ?

C’est une figure que je travaille depuis plusieurs années. Mon clown qui s’appelle Grand Blanc prend les atours de grandes figures théâtrales pour questionner à la fois le théâtre et l’art clownesque. Dom Juan de Molière a en effet été beaucoup monté. Là, nous nous sommes davantage intéressés au mythe. Il existe plus de mille versions de ce mythe fondateur. Nous en avons lues environ 300. Dans de nombreuses lectures, il y a une confusion. On confond souvent la figure de Don Juan avec celle d’un séducteur. Or ce n’est pas l’enjeu de ce personnage. Don Juan est avant tout un homme qui a un rendez-vous avec la mort. D’où l’importance de la figure du Commandeur, du spectre. Dans cette histoire, Don Juan va affirmer sa liberté parce qu’il ne va jamais se résigner. Son rapport avec les femmes et aussi les autres personnages démontrent sa volonté de les libérer d’un carcan moral. Don Juan est la figure de la liberté et de la solitude.

Comment avez-vous travaillé le rapport entre Don Juan et Sganarelle ?

C’est un couple. Sganarelle est un pilier sur lequel tout peut se fonder. Dans cette pièce, on n’a jamais vu un Sganarelle comme celui-ci. Il est dans un état de rire et d’empathie.

Comment avez-vous abordé la figure du Commandeur ?

C’est par là que tout commence. Si vous ratez l’entrée du Commandeur, vous ratez la pièce. Si on prête une réelle attention au texte, cette figure est constante. La raison de Don Juan le pousse à affronter le chaos

Pourquoi avez-vous préféré le texte de Molière ?

C’est la pièce écrite avec la langue la plus belle. On ne se lasse pas du texte de Molière qui est d’une modernité totale. Dans notre travail, nous avons resserré les enjeux pour un peu plus dynamiser. C’est une pièce truculente.

Comment entrez-vous dans ce personnage du Grand Blanc avant chaque représentation ?

C’est assez simple. C’est le moment où je revêts la peau de mon clown, je me maquille. Il faut ensuite l’énergie clownesque pour parvenir à tout faire entendre. J’aime ce clown blanc pour son rapport à l’élégance, aux gestes, au mouvement. Il permet d’aller dans des dimensions que l’on n’imagine pas au début.

Vous a-t-il réservé de nombreuses surprises ?

Oui, j’ai eu beaucoup de surprises. Il m’a permis de faire de belles rencontres, amené au juste endroit où le clown est libre. Cela m’oblige à prendre des risques.

Infos pratiques

  • Mercredi 24 avril à 20h30 au Rive gauche à Saint-Étienne-du-Rouvray.
  • Tarifs : de 20 à 10 €.
  • Pour les étudiants : carte Culture. Réservation au 02 32 91 94 94.