rive gauche MEC TORRETON plus réduiteIls sont Normands. Ils partagent le même amour pour une poésie qui brûle. Allain Leprest et Philippe Torreton se sont croisés plusieurs fois. Le chanteur diparaît en 2011. Quatre ans plus tard, le comédien reprend les mots de Leprest avec le percussionniste Edward Perraud dans un spectacle musical, Mec !. Il porte avec la puissance qui le caractérise ces textes évoquant l’amour, l’enfance, la mort, les désillusions… Philippe Torreton est mardi 17 novembre au Rive gauche à Saint-Etienne-du-Rouvray. Interview.

 

 

Est-ce que la poésie d’Allain Leprest vous a toujours accompagné ?

Oui même si je ne la lisais pas et ne l’écoutais pas tous les jours. Dans ces textes qui m’ont fait craquer, il y a une force d’écriture et d’image, une condensation de sens. Quand vous vivez de tels chocs d’écriture, c’est en vous et, forcément, cela vous accompagne.

 

Avez-vous ressenti de tels chocs avec d’autres artistes ?

Oui, il y a Rimbaud, Verlaine, Shakespeare, les chansons de Brel, de Brassens, de Ferré aussi que je commence à découvrir. J’y ai longtemps été imperméable. Tous sont éclaireurs. Ils ouvrent des voies, bouleversent les codes. Je suis comédien donc plein de choses me stimulent. Et pas seulement l’écriture théâtrale. La musique classique m’accompagne également.

 

Et le rock, le rap ?

Oui, tout cela a commencé par la musique qu’écoutaient mes frères. Il y avait Les Beatles, les Rolling Stones, Animals… Il y a eu ensuite Noir Désir. La voix de Bertrand Cantat m’accompagne toujours, toujours. La Mano Negra m’a souvent aidé à monter sur scène. Ils donnent le la d’une énergie, d’un engagement. Etre sur scène n’est pas anodin. C’est un engagement total de soi. Depuis quelque temps, je découvre aussi le silence. En fait, ça dépend des jours. J’aime bien ces aléas avant de monter sur scène.

 

Est-ce que la poésie est le plus bel espace de liberté ?

C’est un des plus beaux… Peut-être le plus beau, je ne sais pas. Quand je lis Rimbaud, il y a une grande liberté. Néanmoins, c’est une liberté qui se paie cher, qui se paie cash. Les poètes ont des vies chaotiques. Ces gens-là se brûlent. Je ne pense que pas que l’on puisse être incandescent dans l’écriture et mener une vie sage.

 

Est-ce que la poésie d’Allain Leprest est aussi politique ?

Non. Il a écrit un texte, Drôle de coco. Allain était une personne qui s’intéressait avant tout aux gens, à leur vie. Il n’est pas un chanteur politique. Ce n’est pas Ferrat. Et ce n’est pas cela qui m’intéresse dans cette poésie. Il y a eu une vraie rencontre avec lui. Je me souviens. J’avais 17 ans. C’était au Bateau ivre à Rouen. J’ai ressenti une vraie émotion. Je me sentais voyeur de quelqu’un qui était nu sur scène. Ce fut un choc, pas seulement d’admiration mais aussi d’effroi. Allain était sans posture, interprétait avec une immense sincérité. C’était dérangeant à voir.

 

 

 

 

Pour porter ces textes, il fallait un dialogue libre entre vous et Edward Perraud ?

Avec Edward, on a fonctionné à l’instinct. Quand le producteur Jean-René Pouilly m’a demandé de faire ce spectacle, je savais que je ne voulais pas être seul sur scène. Tout de suite, nous avons pensé aux percussions. Edward est un grand musicien, un grand poète des sons. Nous nous sommes vus chez lui et la forme s’est vite imposée. C’est une approche proche du jazz.

 

Comme vous l’avez dit, la poésie d’Allain Leprest brûle. Que ressentirez-vous lors de la dernière date ?

Le Rive gauche est la dernière date. Mais pas vraiment dans l’absolu. D’autres rendez-vous sont à venir plus tard. Heureusement parce que je suis loin d’être lassé de cette poésie. J’ai le sentiment de nager dans des eaux que je n’espérais jamais atteindre. C’est une autre approche de la chanson parce que je reste à ma place de comédien, tout en me frottant à l’univers du music-hall. J’adore la chanson, les artistes sur scène. J’ai une passion pour les groupes. Je trouve qu’il y a une immédiateté dans la musique que ne peut avoir le théâtre. Parce qu’il a besoin d’une mise en scène, de costumes, de lumières, de décor…

 

Est-ce que l’on peut établir un lien entre ce spectacle et votre livre Mémé ? Vous parlez de deux personnages pleins d’humanité.

Oui, ce peut être ça mais je n’avais pas regardé les choses de cette manière. C’est étrange d’être amené à réfléchir sur ce que l’on fait. Comme si tout cela s’écrivait dans une œuvre cohérente. L’humanité des gens m’intéresse. Je veux la faire passer, la faire entendre.

 

  • Mardi 17 novembre à 20h30 au Rive gauche à Saint-Etienne-du-Rouvray. Tarifs : de 25 à 15 €. Réservation au 02 32 91 94 94.
  • Débat public sur l’avenir de la culture à partir de 18h15 dans le hall du Rive gauche