Pour son ouverture de saison, le 106 à Rouen propose de revenir sur l’histoire du punk. Punk ! 40 ans de no future que Sue Rynski a voulu se faire le témoin en photographiant les acteurs de cette période. Pascal Dupuy, historien, maître de conférences en histoire moderne à l’Université de Rouen, s’est toujours intéressé au punk. Une musique qu’il a découverte alors qu’il était en 4e lors d’un voyage en Angleterre. Il contribue avec Joann Elart, musicologue à l’Université de Rouen, à PIND (Punk is not dead), un projet de recherche consacré à l’histoire de la scène punk en France de 1976 à aujourd’hui. Entretien.

Est-ce que le punk est un mouvement ?

Le punk, c’est d’abord la musique. Et elle a été un véritable coup de pied donné aux groupes dinosaures de l’époque qui jouaient de la musique planante. En 1976, il y a une recherche d’une musique nouvelle parce qu’elle a perdu son côté rebelle. Dans les années 1950, il y a eu le rock. Le punk a aussi voulu revenir à des accords plus simples.

Y a-t-il un acte de naissance du punk ?

C’est compliqué parce qu’il est difficile de le dater. Cependant, le mot, punk, apparaît dans les années 1960. On qualifie des groupes de punk et de garage des jeunes musiciens qui jouent chez eux. En fait, il y a deux versions de l’histoire. Le punk apparaît de manière simultanée à New York et à Londres. Dans les deux villes, on observe la même volonté de changer les choses avec ce Do it yourself. Le courant vient probablement de New York et prend un connotation plus sociale et politique à Londres.

Qui sont les groupes fondateurs ?

A New York, les Ramones ont été précurseurs. Ils sortent leur premier album en 1976. Il y a les Sex Pistols à Angleterre. Ce sont les premiers à répéter, à vouloir composer une musique différente et à reprendre des règles anciennes. Leur manager, Malcolm McLaren, se chargera de leur donner ce côté dangereux.

Est-ce qu’il y a des sujets récurrents abordés dans les chansons ?

Il y a beaucoup plus de provocation et d’ironie qu’il faut prendre au deuxième degré.

Comment le punk a évolué au fil des années ?

Comme tous les courants… Il a été acheté, racheté, vendu à des maisons de disques pour conquérir d’autres marchés et toucher un autre public. Pour les musiciens, il a fallu concilier les idées de départ et les volontés des maisons de disques. Il ne faut pas oublier que, aux États-Unis, le mouvement est important mais les ventes restent marginales. Comme en Angleterre. A partir de 1978, le courant s’est fragilisé. Apparaissent le post-punk, la new wave… Mais les punks eux-mêmes ne souhaitaient pas se retrouver dans un mouvement. Pour eux, c’était absurde. Ils voulaient juste donner une étincelle mais pas entrer dans un circuit classique. Dans les années 1980, le groupe Crass est un véritable porteur de l’idéologie libertaire. Leurs disques n’étaient pas chers, leurs concerts, gratuits.

« repris et recyclé »

Qu’est-ce que le punk aujourd’hui ?

Maintenant, il est diffus dans la société. Il a été repris et recyclé. Certains tiennent encore la flamme. Il reste néanmoins l’esprit punk qui continue à influencer et traverser certains courants musicaux.

Qui porte le punk en France ?

En France, il y a les Olivensteins, groupe rouennais qui n’a sorti qu’un seul 45 tours à l’époque. Ils ont été très importants et surtout visionnaires. Les paroles étaient politiques et pas du tout consensuelles. Ils parlent de peine de mort, d’euthanasie… Des thèmes jusque là jamais abordés dans la musique.

Quel lien entre la naissance du punk et les faits politiques, économiques et sociaux de l’époque ?

Au milieu des années 1970, l’Angleterre est dans un état de délabrement avancé. Il y a une forte crise économique. La vie est encore très largement réglée en fonction de principes patriarcaux. Le conservatisme est très fort. On voit encore dans la rue des costumes-cravatte-chapeau melon. La jeunesse ne se reconnaît pas dans ce modèle. Elle veut prendre le pouvoir et prend le pouvoir musicalement. On constate la même chose aux États-Unis et en France. Les sociétés ne sont plus en phase avec leur jeunesse. Le chômage est important. Il n’y a pas de perspectives d’avenir. La musique est un exutoire et permet de dire que l’on en marre de cette musique de papa. On veut entendre autre chose et se prendre en main.

Pourquoi l’idée de violence est attaché au punk ?

Il y a la volonté de lier tous les courants musicaux à des attitudes de violence. Certes il y a eu des actes de violence mais c’est trop simpliste de tirer ces conclusions. C’est surtout le fait de la presse et de personnes qui n’arrivaient pas à comprendre ce mouvement d’énergie, parfois négatif mais surtout positif.

Le punk influence-t-il aussi les autres disciplines artistiques ?

Au cinéma, il y a le réalisateur Alex Cox qui fait tourner un nombre d’acteurs issus de la scène punk. Eux préfèrent être plus autonomes dans leur travail, se retrouver sur des circuits de diffusion parallèles. En littérature, ce sont les écrivains dont on entendait pas parler. C’était un état d’esprit.

Comme tout cela se traduit-il dans la mode ?

Le punk a eu des influences importantes dans la mode. Malcolm McLaren et sa femme, Vivienne Westwood, ouvrent une boutique de vêtements à Londres. Ils ont fortement contribué à l’avènement d’une mode. Il y a le pantalon très étroit en tartan écossais, l’épingle à nourrice et aussi les cheveux courts. On se coupe les cheveux pour se montrer rebelle alors que la mode a longtemps été aux cheveux longs.

 

  • Exposition visible jusqu’au 18 novembre, du lundi au vendredi de 13 heures à 19 heures au 106 à Rouen. Entrée libre. Renseignements au 02 32 10 88 60 ou sur www.le106.com