Stefan Cassar monte sur les plus grandes scènes mondiales et joue dans des cadres plus intimistes. Interpréter un répertoire aussi magnifique soit-il ne satisfait plus ce pianiste virtuose qui a besoin de donner quelques clés pour savourer pleinement une partition. Les concerts de Stefan Cassar sont en fait des dialogues avec le public. Pour le festival MoZ’aïque, dans les jardins suspendus au Havre, le musicien emmène en Espagne avec Granados, au Brésil avec Villa-Lobos, en Argentine avec Ginastera, en Russie avec Rachmaninov, en Hongrie avec Bartók et aussi en France avec Debussy. Entretien.

Est-ce que votre amour pour la musique est intact ou grandissant ?

C’est difficile à dire. Ce qui est sûr c’est qu’il ne décroît pas. Et ce, depuis le premier où j’ai commencé à jouer de la musique. J’étais en vacances chez mon grand-père, un grand mélomane, un fan de l’opéra. À 7 ans, j’ai eu une forte attraction pour la musique. C’est devenu presque viscéral. Je ressentais le besoin de sa présence. En la pratiquant, je la côtoie tous les jours et la magie opère à chaque fois. Mon amour pour la musique va donc en grandissant. Il y a toujours des partitions que je ne connais pas et qui restent à découvrir. Moi aussi, je grandis avec elle.

Cet amour est tel qu’il vous est nécessaire de le transmettre.

Oui, c’est devenu une nécessité. Je présente le concert, les œuvres. Juste deux ou trois mots. Je n’aime pas ce schéma : j’arrive, je joue, je pars. J’ai besoin de cette relation avec le public. C’est avant tout pour lui que l’on joue de la musique. Parler avec lui va avec cet amour de transmettre et de partager. Mettre un mot sur une œuvre donne des clés pour la comprendre et permet de la voir sous un autre angle.

Pour vous également ?

En pensant à une œuvre, en cherchant des mots, on met le doigt sur certaines choses. J’arrive à me surprendre. C’est une démarche de redécouverte, de recherche d’une nouvelle façon de jouer. C’est de cette manière que l’on garde quelque chose vivante. Travailler seul, c’est important. Mais il ne faut pas oublier que l’on apprend beaucoup avec le public qui est une sorte de médiateur. Le fait de jouer devant des personnes, de sentir leurs réactions, d’écouter leur silence aide à progresser.

Comment abordez-vous alors les œuvres à chaque fois ?

Pas différemment. J’essaie de préserver une ligne principale. J’ai une idée qui va subir une transformation. Quand on joue une œuvre pour la première fois, on le fait avec la première émotion, la première idée qui ne cesse d’évoluer. Les fois suivantes, on est nourris des expériences précédentes.

Quelles explications donnez-vous au public ?

Ce n’est pas une explication. Le public n’en a pas besoin. Je peux lui donner juste un titre. Par exemple, si je dis Barque sur l’océan, on voit des ondes, des vagues… La personne qui ne connaît pas le titre peut tout autant vivre une émotion. Mais ces quelques mots enrichissent et mettent le public dans une situation plus détendue. C’est comme pour une peinture. Toutes ces œuvres sont tellement riches qu’il est difficile de tout capter. Si on parle trop, on peut tout gâcher.

Vous comparez très souvent la musique à la peinture. Pourquoi ?

Quelle soit la forme d’art, il est nécessaire de mettre des mots sur des couleurs pour nous aider à suivre le chemin vers la compréhension. Surtout quand les formes sont abstraites. L’art ne s’explique pas mais nous avons besoin de parallèle. Par la compréhension d’une sensation, nous pouvons aller du concret vers cet abstrait.

Comment établissez-vous vos répertoires de concert ?

Tout dépend si j’ai une carte blanche, comme au festival MoZ’aïque, ou des demandes de la part des organisateurs. J’essaie de trouver un équilibre entre ce que j’ai envie de partager et l’ambiance ou la philosophie de la manifestation. Je choisis le plus possible des œuvres qui me sont chères et qui s’éclairent mutuellement. Je peux retenir deux pièces de deux périodes différentes avec des langages singuliers mais complémentaires. Cela permet d’intégrer dans un programme des œuvres contemporaines qui font parfois un peu peur. Le public se retrouve ainsi dans une disposition pour accueillir quelque chose de nouveau.

Le programme de MoZ’aïque

Jeudi 18 juillet

  • 18 heures : Dobet Gnahoré
  • 19h30 : André Manoukian 4tet
  • 21 heures : Awek
  • 22h30 : Imam Baildi
  • 23 heures : OFS

Vendredi 19 juillet

  • 18 heures : David Bressat quintet
  • 19 heures : Mr Matt
  • 19h30 : Rod Taylor & The Positive Roots Band
  • 21 heures : Manu Lanvin and The Devil Blues
  • 22h30 : Soviet Suprem
  • 23h30 : Volt

Samedi 20 juillet

  • 16 heures : Eric Legnini Guitare trio
  • 17h30 : Harold Lopez-Nussa trio
  • 18h30 : Koolcast Brass Band
  • 19 heures : The Red Goes Black
  • 20h30 : Sofiane Saidi & Mazalda
  • 22 heures : Boney Fields & The Bone’s Project

Dimanche 21 juillet

  • 12 heures : Stefan Cassar
  • 16h30 : Henri Texier Sand 5tet
  • 17 heures : Pape et Alice Cissokho
  • 18 heures : Macha y El Bloque Depresivo
  • 19h30 : Michele David & The Gospel Sessions
  • 21 heures : JP Bimeni & The Black Belts
  • 22h30 : Electro Deluxe

Infos pratiques

  • Tarifs : 10 € une journée, 30 € les 5 jours, demi-tarif pour les demandeurs d’emploi et les étudiants, gratuit pour les moins de 13 ans
  • Réservation sur www.francebillet.com