The Dizzy Brains en ont surpris plus d’un lors des Transmusicales de Rennes en 2015. Par leur énergie, leur engagement, leur générosité, leur rock garage sauvage. Le groupe originaire de Madagascar est porté par les deux frères Andrianarisoa, Eddy, au chant, et Mahefa, à la basse, depuis 2011. Il écrit et part en tournée pour partager une colère, dénoncer la corruption du monde politique et les restrictions des libertés. Après un premier album en mai 2016, Out Of The Cage, The Dizzy Brains ont sorti en octobre 2018 Tany Razana, toujours aussi décapant et un peu plus posé. Ils sont en concert samedi 9 février au Kubb à Évreux avec le Tangram. Interview avec Eddy Andrianarisoa.

Quels souvenirs gardez-vous de cette première tournée ?

Nous avons tourné pendant plus de quatre ans. Nous nous sommes rendus compte qu’être musicien n’est pas un métier facile. Si nous avions le choix, nous ne le serions jamais devenus. Il faut avoir du cran, une réelle force physique et mentale. La musique en elle-même, ça va. Mais le reste, les relations avec le monde de la musique, les voyages, c’est compliqué. Nous savons que tout peut s’arrêter du jour au lendemain. Il faut sans cesse trouver des choses nouvelles qui tiennent la route. Cette pression est constante.

Comment gérez-vous cette pression ?

Nous essayons de la faire retomber quand nous sommes sur scène et quand nous retournons à Madagascar. Là, on peut se ressourcer et oublier tout cela. En fait, la musique, on l’apprécie quand on n’est pas dedans. Mais, aujourd’hui, elle est devenue, pour nous, un besoin, un moyen de tout extérioriser.

La musique vous permet de rester debout ?

Pour nous, la musique est vraiment un outil de survie. S’il n’y avait pas la musique, on ne pourrait ni survivre, ni se libérer. Les textes extériorisent tout ce qu’il y a au plus profond de nous. Et ça le sera toujours. Nous ne sommes pas là pour dire à une fille qu’on l’aime mais pour dire ce qui se passe dans le monde.

Vous considérez-vous comme un témoin ?

Comme un témoin, oui. Nous nous considérons comme les porte-paroles des Malgaches, surtout de la jeunesse malgache. Chaque concert est une occasion de détruire cette image paradisiaque Madagascar. Bien sûr qu’il y a au premier plan un endroit magnifique mais il faut aussi regarder derrière.

D’où la pochette de Tany Razana avec cette scène d’émeute.

Rien n’est truqué. C’est une image réelle, une photo de manifestants qui réclament le changement. Nous aimons notre pays et nous combattons pour lui.

Comment va votre pays ?

Il va mal. C’est encore plus la merde aujourd’hui. La corruption est partout et c’est la grande raison de l’état du pays. Il y a un président, une république démocratique mais tout cela n’est qu’une façade. La côte malgache est en train d’être vendue à la Chine. Bientôt, nous ne pourrons plus manger de poissons. Il y a du trafic partout. Alors, tout ce que je vois, tout ce que j’entends, tout ce que je ressens, je me dois d’en parler. Je dis tout haut ce que les Malgaches pensent tout bas.

Avez-vous reçu des menaces ?

Plusieurs fois mais cela ne m’arrêtera pas. Il y a une colère, une rage que nous devons partager pour qu’ailleurs, nous soyons compris. Je sais qu’un jour tout va changer à Madagascar. Les générations suivantes doivent avoir une autre vie. Nous nous battons pour cela.

Infos pratiques

  • Samedi 9 février à 20h30 au Kubb à Évreux.
  • Première partie : The Goaties.
  • Tarifs : de 12 à 4 €. Pour les étudiants :  carte Culture.
  • Réservation au 02 32 29 63 32 ou sur www.letangram.com