Matrice est une double exposition. La première se tient au Shed, centre d’art contemporain de Normandie, à Notre-Dame-de-Bondeville et réunit des mètres de moules en bois stockés dans la fonderie Senard. La seconde, collective, présente à L’Académie à Maromme des œuvres en miroir  à ces pièces industrielles.

Pas d’œuvre et pas d’artiste… Mais une réelle collection et une mémoire. Avec Matrice, une exposition présentée jusqu’au 21 juillet, le Shed ouvre une page de l’histoire industrielle de la vallée du Cailly. Celle de l’entreprise Senard qui a fabriqué des pièces métallurgiques pendant plus de 130 années. Depuis sa fermeture en 2014, la fonderie est restée désaffectée. Quatre ans plus tard, les artistes du Shed à Notre-Dame-de-Bondeville découvrent par hasard ce trésor industriel, constitué notamment de milliers de matrices.

« C’est presque un sauvetage puisque toutes ces objets étaient vouées à disparaître. Nous avions là des pièces à valeur patrimonial. Or, ce n’est pas notre vocation de sauver de telles pièces. Nous sommes un centre d’art contemporain. Nous voilà aujourd’hui avec une collection. Comme un musée ».

Jonathan Loppin, co-fondateur du Shed

Avec l’autorisation des propriétaires, les artistes du Shed ont sauvegardé plus de mille matrices, des petites et des grandes, des jaunes, des rouges, des bleues, des vertes, des grises… Pas deux ne se ressemblent. Elles ont toutes une forme unique. Ces pièces sont des prototypes originaux utilisés pour reproduire des copies. Après la récupération, le nettoyage et l’inventaire, ces moules en bois — seuls deux sont en métal — sont exposés les uns à côté des autres. Dessus, on peut lire des chiffres ou des noms d’entreprise. A chacun de deviner la pièce pour laquelle il a été inventé.

Autres traces du temps

Tous ces objets ont aussi inspiré les artistes contemporains. Jonathan Loppin a confié à Jean-Paul Berrenger la coordination de cette deuxième exposition, installée à L’Académie à Maromme où se retrouvent six plasticiens. Bevis Martin et Charlie Youle abordent la sexualité dans ce moulage de deux corps, fruit d’une interprétation d’un dessin trouvé dans un manuel scolaire. Héloïse Bariol, céramiste, a créé des Fleurs de lys, une série spéciale de six assiettes avec le motif du carrelage du lieu. Le Memento de Guy Lemonnier raconte son quotidien dans son journal  écrit avec une machine sans encre, sur une table et son lit, faits de 365 grandes feuilles de papier marquées de ses activités journalières. Il réunit dans cette installation toutes les traces de son lieu de vie. Matrice est le moulage de son corps à l’âge de 24 ans.

Jonathan Loppin qui termine sa résidence dans la fonderie de l’usine Renault à Cléon a collecté divers outils de production, écumoires et racloirs dans Produire L’Informe. Avec L’Étonnement du fondeur des mères, Jérôme Poret rend un hommage musical à la fonderie. Il a composé un dj set avec des bruits industriels, pressés sur un disque vinyle. Les Trophées Macocotte de Josué Z. Rauscher sont un reproduction de vieilles casseroles d’une ancienne manufacture française. La collection anonyme réunit des fiches techniques, des croquis, des tableaux d’entreprises ; comme des marques d’un passé.

Infos pratiques

  • Jusqu’au 21 juillet, du vendredi au dimanche de 14 heures à 19 heures, au Shed, centre d’’art contemporain de Normandie, à Notre-Dame-de-Bondeville, et à L’Académie, 96, rue des Martyrs-de-la-Résistance à Maromme.
  • Entrée libre.
  • Renseignements au 09 84 24 32 17 et sur www.le-shed.com