Gildaa a une présence forte et flamboyante. Avec un maquillage exubérant, de gros bigoudis sur la tête, elle vient raconter sa vie en forme de tragi-comédie. Gildaa cache sa fragilité par son extravagance et son humour. Là, elle vient parler de féminisme, de liberté, d’emprise, de désir, de rêve, de la volonté d’être soi, d’héritage culturel… Quand Gildaa quitte la scène, elle est Camille Constantin Da Silva. Elle a fait partie de la belle troupe du Nid de Cendres de Simon Falguières comme un des personnages fil rouge. L’artiste franco-brésilienne, chanteuse, autrice, compositrice, multi-instrumentiste, comédienne et clown, entremêle rationalisme et mysticisme et part en quête d’une mémoire dans des ambiances sonores électro-pop afro-brésiliennes. Gildaa est en concert jeudi 22 janvier au théâtre Legendre à Évreux avec Le Tangram avant la sortie de l’album en mars 2026. Entretien avec Camille Constantin Da Silva
Il y a eu le théâtre, le clown, maintenant la musique. Est-ce un chemin que vous avez suivi de manière instinctive ?
Pas du tout. Je n’avais rien prévu et je ne comprends pas grand-chose à ce parcours. Je suis les petites pièces d’un puzzle. La première a été le violon. J’ai commencé à 5 ans et demi et j’ai continué jusqu’à 15 ans. Ensuite, j’ai juste suivi des indices. Est arrivé le théâtre. Puis, il y a eu l’écriture. On m’a demandé de chanter dans un groupe. Puis, j’ai fait de la musique. J’aime entendre que ce j’ai dans la tête et dans le corps. Un jour, je me suis retrouvée sur une scène, j’éprouvais un tel trac mais tout prenait sens. Il y avait le chant, le jeu. Et c’est Gildaa qui fait tout.
Est-ce un personnage ?
Non, ce n’est pas un personnage. Elle a son corps, sa voix, sa verticalité. Je ne fais que lui servir d’hôte. Je vois cela davantage comme une cohabitation. J’ai appris à rencontrer Gildaa grâce à Yvo Mentens, mon maître clown. J’étais à l’école, je travaillais et elle est arrivée. C’est juste énorme parce qu’elle est plusieurs personnes de ma famille sur plusieurs générations. Elle ne peut pas être que moi. Lorsque je suis sur scène, si je ne la laisse pas faire, je sabote le spectacle. Je me mets au service de Gildaa. Comme les clowns qui sont des êtres ordinaires et savent créer de l’extraordinaire. Ils expriment de manière si particulière une immense mélancolie et une poésie. Ils le font avec un certain humour pour ne pas que l’on prenne cette mélancolie en pleine face. Cela permet de se plonger dans une histoire. Je vois l’album comme un rite de passage.
Quelles sont les qualités de Gildaa ?
Elle est drôle, très aimante, intrinsèquement vraie. Elle aime la vie. Elle ne supporte pas le mensonge. Elle est toujours là. Elle est disponible pour tout. Il y a des choses sur lesquelles nous nous retrouvons et d’autres, non. Gildaa n’a pas peur. Moi, j’ai peur. Gildaa est mélancolique et moi, je suis nostalgique.
Est-ce que Gildaa est présente quand vous écrivez ?
J’écris dans un état de conscience modifié. Je suis comme dans une forme de transe. Il y a des moments dans la vie qui vont me faire penser à autre chose et me connecter à une émotion, à quelque chose de fort. Cela se présente comme si cela s’était déjà produit ou comme si je l’avais déjà vécu. Tout ça me dépasse et prend de la place dans ma tête. Je pense que nous sommes faits de plusieurs vies.
Dans vos textes, vous n’affirmez pas, vous posez des questions.
Je ne peux pas affirmer. Au contraire, j’ai beaucoup de questions en tête.
La notion de combat est très présente aussi dans les chansons.
C’est inhérent à ma personne. Gildaa ne se bat pas. Moi, oui. Quand j’aborde toutes ces problématiques à travers son prisme, celles-ci deviennent importantes mais pas sérieuses. Elles sont sacrées. Les grands maîtres spirituels pouvaient avoir la capacité de dire une banalité pour être à l’image de l’être humain.
Dans ce combat, il y a cependant de l’espoir.
Oui, je crois tellement en l’humanité, au dialogue qui permet de sauver des situations. J’aime prendre du temps pour vivre des discussions fortes. Un jour, j’ai croisé un policier dans une rue de Rio après avoir parlé avec une personne qui se droguait. Il m’a dit : ça ne sert à rien. Quand elle le pourra, elle rachètera du crack. Je lui ai répondu : pourquoi tu es là si tu n’y crois plus ? De plus, tu n’as pas le droit de briser ma joie. C’est toute la légende du colibri.
C’est pour cette raison que vous empruntez cette phrase : la beauté sauvera le monde.
Je reprends cette phrase à Dostoïevski. Pour moi, elle est un idiome. Je la répète tout le temps.
Infos pratiques
- Jeudi 22 janvier à 20 heures au théâtre Legendre à Évreux
- Durée : 1h15
- Tarifs : de 20 à 10 €
- Réservation au 02 32 29 63 32 ou en ligne
