Il y a beaucoup d’énergie dans Give Me Hope. Le deuxième album de JP Bimeni , plus aérien, est dans la continuité du premier, Free Me, avec cette soul inspirée. Le chanteur à la voix caressante, souvent comparé à Otis Redding, n’oublie pas ses blessures — impossible quand on frôle la mort plusieurs fois — et les panse grâce à la musique. Celle permettant de faire éclater les « quatre murs » qui enferment et dépasser la colère qui « vous brûle de l’intérieur ». Il reste alors l’espoir, l’amour et la liberté. JP Bimeni, originaire du Burundi, enchaîne la sortie de son album, Give Me Hope, vendredi 4 février, et les premières dates de sa tournée avec The Black Belts, samedi 5 février à La Traverse à Cléon et dimanche 6 février au Magic Mirrors au Havre où il a passé plusieurs jours en résidence. Rencontre.
Votre deuxième album, Give Me Hope, sort le 4 février. Que ressentez-vous ?
C’est un jour très important. Cela ressemble à une naissance, une mise au monde. Une sortie d’album est aussi un moment de partage avec les retours et les commentaires des personnes qui ont écouté l’album. Cela rend bien sûr nerveux. D’autant que le premier a eu une bonne réception.
Quel est le premier titre sur lequel vous avez travaillé ?
Je suis parti de Guilty and blessed. Quand une personne survit à un moment difficile surgit un sentiment de culpabilité. Je me suis beaucoup demandé : pourquoi moi ? Pourquoi suis-je resté en vie ? Pourquoi ensuite ai-je pu faire de la musique ? J’ai réussi à faire de mon rêve une réalité. Pourquoi, moi, ai-je eu alors cette chance-là ? Je me suis senti coupable.
Est-ce l’espoir, votre moteur ?
C’est l’antidote. Aujourd’hui, nous vivons dans un climat très lourd. Il est essentiel de trouver un élan. Nous en avons tous besoin. Je sais le poids des mots. Avec eux, on peut changer tout un monde. Quand on évoque l’espoir, s’ouvrent des possibilités. Et on ressent une force.
Vous vous êtes donc approprié cette citation : l’espoir fait vivre.
Oui, complètement. Si nous n’avons plus d’espoir, nous n’avons plus rien et nous tombons dans le noir. Or il faut saisir la lumière. Elle nous galvanise. Pour la trouver, tout part de l’intérieur de nous parce que l’extérieur nous emmène vers la confusion.
Sont-ce ces quatre murs que vous évoquez dans Four Walls ?
Oui. Tout est combat entre la vie, le système, la politique et la religion. Il faut trouver un équilibre. On ne peut pas se concentrer sur l’un d’eux. Pour cela, il est nécessaire de lever cette idée de frontière et faire appel aux âmes et aux esprits.
À côté de l’espoir, il y a l’amour.
L’amour, c’est le feu, l’énergie. Pour moi, le vrai cerveau, c’est le cœur. Et nous le ressentons bien. Aujourd’hui, lors de ces temps tourmentés, nos têtes sont plutôt dans le brouillard alors que nos cœurs sont éclairés.
La musique va-t-elle, selon vous, plus facilement au cœur ou au cerveau ?
La musique permet d’aller au fond des choses. Pour certains, elle va au cerveau. Pour les autres, elle va droit au cœur.
Ressentez-vous le même plaisir à écouter de la musique et à chanter ?
Non, c’est différent. Parfois, j’aime même être dans le silence pour écouter mes pensées, mes sentiments afin de comprendre ce qui se passe. Après une tournée, j’ai besoin d’un silence total. J’en ressors épuisé. Comme si j’avais dépensé toute mon énergie. Les concerts sont aussi une telle pluie émotionnelle que j’ai besoin de temps pour la digérer. Si je ne fais pas cela, je peux me détruire. Sur scène, on peut vibrer à un degré qui n’est pas naturel.
Savez-vous maintenant pourquoi la soul et le rhythm’n’blues vous sont naturels ?
Non, j’avais même peur d’interpréter ces musiques parce que je sais quelle place elles ont dans l’histoire. Les artistes soul sont des dieux. J’oublie cette peur quand je suis avec les Black Belts. Je commence maintenant à savourer cette musique. Je sais que je suis juste au début de cette carrière et que j’ai encore beaucoup de chemin à faire.
À quel moment avez-vous pris conscience de votre voix ?
Je ne sais pas. Quand je me réveille le matin, je n’arrive même pas à parler. L’autre jour, mon oncle m’a appelé et s’est moqué de moi parce que j’avais cette voix du matin. Quand je chante, je m’attache davantage à ce que veut dire la chanson. Et la voix sort naturellement. Je pense que c’est l’émotion. La musique, c’est la même chose. Je viens toucher l’esprit et le cœur des gens.
Infos pratiques
- Samedi 5 février à 20h30 à La Traverse à Cléon. Tarifs : de 15 à 8 €. Pour les étudiants : carte Culture. Réservation au 02 35 81 25 25 ou sur www.latraverse.org
- Dimanche 6 février à 17 heures au Magic Mirrors au Havre. Tarifs : 10 €, 5 €. Réservation sur magicmirrors.lehavre.fr
- photo : Tomoko Suwa-Krüll
