Allemagne, Arménie, Bulgarie, République tchèque, Kosovo, Serbie… En tout, 14 pays sont traversés lors de la 10e édition du festival A l’Est du nouveau qui se déroule du 17 au 24 avril à Rouen, Mont-Saint-Aignan, Elbeuf et Yvetot. Le festival propose tout d’abord une sélection officielle avec des films évoquant de diverses manières la chute du Mur de Berlin. Il a un regard sur l’école FAMU à Prague, sur l’Ukraine… 50 projections pour découvrir d’autres cinémas. Explication avec le fondateur d’A l’Est du nouveau, David Duponchel.

 

 

C’est la 10e édition du festival. Comment a-t-il grandi ? Quelles sont les prochaines étapes pour les 10 années à venir ?

Le festival grandit et mûrit depuis dix ans, un peu à la manière de son équipe.  Peu à peu, nous nous sommes professionnalisés à force d’expérience même s’il nous manque encore du temps afin d’être l’égal d’autres festivals européens avec la même thématique, c’est-à-dire les films d’Europe centrale et orientale comme le festival de Cottbus en Allemagne, qui a déjà 25 éditions à son actif et dont le directeur Bernd Buder viendra animer une conférence pour A l’Est, du Nouveau. Et c’est justement dans cette direction que nous regardons notre avenir pour ces 10 prochaines années, une plus ample collaboration avec d’autres festivals européens, le développement de « liens cinématographiques » plus profonds entre la France et les pays d’Europe centrale et orientale mais surtout également davantage et toujours davantage de public, que ce soit du côté des plus jeunes mais également un travail avec d’autres salles de cinéma comme celui que nous faisons cette année avec ces deux nouvelles salles, le Drakkar à Yvetot et le Grand Mercure à Elbeuf. Nous avons toujours ce désir de toucher un plus ample public.

 

De nouveaux pays font leur entrée. Est-ce un cinéma particulier en Serbie, au Kosovo…?

En fait, le festival suit cette idée d’élargissement européen. Il se base sur une vision européenne, l’idée étant de faire connaître les nouveaux pays membres ou futurs de l’Union européenne à travers le vecteur cinématographique. Nous bénéficions d’une aide européenne pour appuyer cette diffusion. Pour cette édition, nous aurons donc des films du Kosovo, de Géorgie, de Serbie, qui sont des pays qui eux aussi connaissent un renouveau cinématographique, une vague de liberté qui les poussent à créer et à risquer dans leur cinématographie. Ils ont une thématique conflictuelle entre une très forte tradition et une grosse envie d’avenir. Le cinéma serbe est beaucoup plus centré sur la tragi-comédie, un peu comme le cinéma roumain après la chute du mur. La Géorgie quant à elle revient en force et suggère un cinéma très riche au point de vue esthétique avec des cinéastes très en forme en ce moment.

 

 

Le festival fait un focus sur la chute du mur de Berlin. Quels regards portent les cinéastes sur cet événement ?

Je pense que chaque génération a son regard sur cette chute du mur. Maintenant, nous nous retrouvons avec une génération dont le mur a baigné l’enfance ou l’adolescence, je pense à des films comme Roxane ou Victoria qui sont en compétition ou encore Dragan Wende qui parle d’un monde sur le point de disparaître, ce sont les dernières réminiscences et un passage de l’actualité à l’histoire. D’ailleurs le festival accompagne ce mouvement de fond, ce passage entre l’actualité et l’histoire. C’est à mes yeux, un point fort du festival.

 

 

Dans la section Experiment, est abordée la relation entre musique et film. Est-ce une relation singulière ?

Oui, bien sûr, le cinéma expérimental a toujours recherché l’essence du cinéma comme par exemple Peter Kubelka, qui voyait que cette essence se situait avant l’arrivée du parlant en 1927. C’est comme si avec le son et l’apparition du dialogue, le cinéma s’était fait théâtre et avait par conséquent perdu sa singularité, son côté universel, ce langage international si cher aux avant-gardes françaises, à Eisenstein et à Chaplin. Et ce langage passe par la musique, qui est un langage universel lui aussi ou presque. C’est pour cela, je pense que le cinéma expérimental à la recherche sans cesse de son origine mais aussi de l’émotion ou de la sensation laisse de côté les mots réservés à une narration et lui préfère la musique.

 

 

 

Pourquoi un hommage à la FAMU ?

La FAMU est une grande école de cinéma – elle a été classée dernièrement comme une des 5 meilleures écoles de cinéma dans le monde avant la FEMIS et c’est en y entrant que j’ai découvert la cinématographie d’Europe centrale et orientale. Pour cela, j’ai voulu pour cette dixième édition programmer certains films d’étudiants, d’anciens élèves mais aussi de professeurs comme Vera Chytilova qui fut mon professeur durant cinq ans. C’est un véritable hommage de ma part à une de mes mentors. Sans cette école, je ne pense pas que ce festival se serait créé à Rouen et dans son agglomération. D’ailleurs, nous organisons une rétrospective de l’œuvre de Vera Chytilova à Lima après sa disparition et j’espère que nous pourrons faire de même l’année prochaine ici à Rouen Son œuvre est très particulière, anticonformiste, inventive et d’une pureté d’intelligence : elle respire une certaine modernité et un vent d’est qui nous ferait du bien.

 

Quels souvenirs avez-vous de cette école ?

Justement, je pense que ce sont les films de Chytilova qui m’ont fait rester dans cette école. Au début, la Famu était très difficile, la langue également et on nous demandait énormément de travail. Mais quelle richesse ! Un nouveau cinéma, une nouvelle langue, une nouvelle ville, Prague et une expérience colossale et enivrante ! Ce fut une expérience ou nous parlions et ou nous vivions uniquement de et par le cinéma, des années uniques qui ont eu sur moi une profonde influence. Chaque jour était une découverte.

 

 

Le festival ne se déroule pas seulement à Rouen. Il s’exporte. Pourquoi et comment ?

Le festival se déroule maintenant au Pérou et en Argentine. Au Pérou, nous allons créer la sixième édition du festival Al Este de Lima qui draine plus de 12 000 spectateurs et nous espérons atteindre plus de 15 000. J’ai pu d’ailleurs grâce à Promperu, aller au festival de Berlin et réaliser une programmation unique à Lima avec des films en provenance de la Berlinale. En Argentine, nous espérons réaliser la seconde édition à la fin du mois d’août. D’autres villes sont intéressées comme la Paz en Bolivie et Bogota en Colombie cependant il nous manque l’infrastructure afin de pouvoir assurer une programmation de qualité et de promouvoir le festival. Cela passe sans doute par une alliance avec d’autres festivals. Quant à cet engouement, j’estime qu’il s’agit davantage d’une recherche cinéphilique et d’un certain exotisme à comparaison de la France, où derrière ce festival, il existe une vision plus politique, où les enjeux sont très importants pour notre avenir.

 

  • Programme complet : ici