Cinéma : “Divines”, puissant et politique

par | 18 août 2016 | Cinéma

Houda Benyamina est venue mercredi 17 août au Pathé Dock et à l’Omnia à Rouen pour présenter Divines, son premier long métrage qui sort le 31 août. Elle était accompagnée de Kevin Mischel, danseur et comédien. A voir !

 

houda-benyamina« Toi, t’as du clitoris, j’aime bien ». Une réplique qui fait sourire et qui va sans aucun doute être reprise. Il ne faut néanmoins réduire le film de Houda Benyamina, Caméra d’or au dernier festival de Cannes, à cette phrase choc. Même si elle comporte tout l’humour, toute la violence, tout le punch de ce premier long métrage. Divines est un film puissant, brûlant, explosif, plein d’humanisme. Surtout très politique. Houda Benyamina connaît la vie dans les quartiers et elle la raconte sans concession.

 

Dans Divines, elle s’attache avant tout à parler de la pauvreté en général, de « ces personnes restées au banc de la société ». Quelle solution ? L’éducation ? « On nous met dans des bacs pro accueil ou agent de sécurité. Je suis agent de sécurité. Or, là, on crée des larbins qui n’ont pas la possibilité de rêver. Il n’y a plus d’ascenseur social ». La religion ? Pas mieux.

 

Pour développer son sujet, Houda Benyamina s’appuie sur un duo. « Je me suis inspirée de Laurel et Hardy. J’avais envie de quelque chose de comique ». Ce duo, remarquablement joué par Oulaya Amamra et Déborah Lukumuena, est formé par deux filles inséparables. Il y a Dounia, adolescente au tempérament de feu, vit avec une mère paumée dans un bidonville installé le long d’une voie rapide. Il y a beaucoup de colère en elle. Alors le lycée, la religion, avec leur lot de belles promesses sans lendemain, elle rejette tout en bloc.

 

Quant à Maimouna, jeune fille voluptueuse, elle grandit dans une structure familiale musulmane plus stable, se questionne sur son âme. « Elle a un rapport au sacré plus puissant que Dounia ». L’une ne peut vivre sans la seconde. Ensemble, elles volent dans un supermarché gâteaux et autres petits objets qu’elles revendent à l’entrée du lycée. Quand Dounia décide de se mettre au service de Rebecca (Jisca Kalvanda), la caïd du quartier, Maimouna n’hésite pas à la suivre dans le vol de carburant, dans le trafic de drogue.

 

 

 

L’amitié est plus forte que tout. « Elle a toujours été importante pour moi. Et elle concerne tout le monde, quels que soient notre classe sociale, notre âge, notre origine… Entre Dounia et Maimouna, il y a une sorte d’amour platonique et absolu ». Dounia et Maimouna sont drôles quand elles rêvent de soleil, des belles plages de Phuket, de Ferrari, de beaux mecs. Pour cela, il faut de la « money, money, money… » Dounia, « la bâtarde », l’humiliée, recherche avec l’argent sa dignité et son indépendance. « L’argent, c’est la valeur d’aujourd’hui ».

 

Dans Divines, Houda Benyamina va de l’émotion avec cette belle histoire d’amitié jusqu’à la réflexion quand elle évoque la petite délinquance. « Nous créons nos propres monstres ». Des monstres qui s’humanisent lorsqu’il s’agit d’amour. Le regard de Dounia change face à la danse de Djigui, magnifique Kevin Mischel qui a collaboré avec Dominique Boivin, José Montalvo, Kader Attou.

 

divinesDivines est un film coup de poing qui bouleverse autant qu’il bouscule avec un scénario bien ficelé. Houda Benyamina mélange intelligemment les genres et a aussi trouvé le bon rythme qui prend le spectateur comme un tourbillon. « Je ne voulais pas être complaisante avec les images. Je suis amoureuse des personnages, des acteurs et de la manière dont ils se sont investis. Toutefois, j’ai coupé des scènes parce que j’ai toujours cherché la vérité. Je voulais un film vrai avec un rythme juste pour ne pas, justement qu’il y ait de la complaisance et être toujours dans le sens. J’aurais en fait laissé ces scènes pour de mauvaises raisons ».

 

  • Divines de Houda Benyamina avec Oulaya Amamra, Déborah Lukumuena, Kevin Mischel… Sortie le 31 août.

À lire également

luctus quis ut tempus Donec Sed lectus at id, ipsum