MAXIME DELCOURTLors d’une conférence qui se tient jeudi 10 décembre au 106 à Rouen, Maxime Delcourt, journaliste et auteur de Il y a des années où l’on a envie de ne rien faire, raconte l’histoire de la chanson expérimentale française entre 1967 et 1981. Et un peu plus tard puisqu’il évoque la scène pop des années 1980 et 1990. Interview

 

Quelle définition donnez-vous à la chanson expérimentale ? Est-ce que toute chanson n’est pas expérimentale ?

Je ne pense pas que toutes les chansons soient expérimentales. La définition que je donne dans le livre peut avoir des limites néanmoins la chanson expérimentale est anti-variété. Elle se positionne en porte à faux d’une structure avec couplet-refrain-couplet.

 

1967-1981, c’est presque une génération ?

C’est presque une génération, en effet. 1967 parce qu’il est sorti des choses considérées comme des expérimentations. On peut même remonter à avant 1967 avec Boby Lapointe qui écrivait des chansons plus longues. Même Henri Salvador se lâchait sur certaines faces B de ses 45 tours. Des formats se créent avec l’arrivée du free-jazz, du rock psyché, du rock progressif… 1981 marque la fin de cette génération qui commence à vieillir et qui ne peut pas gagner sa vie avec la musique. Avec l’arrivée de la gauche au pouvoir, on constate également l’instauration d’une politique culturelle forte. Cela donne naissance à d’autres genres comme la new wave avec Etienne Daho, le hip-hop…

 

Cette génération reste encore mal connue.

Exactement. Cette génération n’a pas bénéficié d’espaces médiatiques. Les albums étaient édités à peu d’exemplaires. Ces artistes parvenaient à vivre grâce au live. Aujourd’hui, quelques labels commencent à se s’intéresser à nouveau à cette chanson expérimentale, à la compiler… Certaines personnes cherchent aussi à s’informer sur cette scène.

 

Quels étaient les désirs de ces artistes ?

C’est vraiment la liberté. Ce sont sans doute les premiers à avoir tenté quelque chose autour du format chanson. Ils cherchaient une forme de liberté et s’engageaient aussi politiquement. Certains artistes militent pour la cause ouvrière, les discriminations, la liberté sexuelle… Mais aucuns n’avaient la prétention de révolutionner la musique. C’était juste un besoin d’écrire autrement.

 

Est-ce que la peinture, la danse influençaient également ces artistes ?

Certaines chansons sont ancrées dans le dadaïsme ou le surréalisme. Il y a aussi des référence à la littérature. Comme chez Brigitte Fontaine.

 

 

 

Qui étaient les leaders de cette chanson expérimentale ?

Il y en avait pas mal. Serge Gainsbourg reste la figure mythique. Sur certains albums, il est allé très loin. Il y a aussi Brigitte Fontaine, Léo Ferré, Catherine Ribeiro, Nino Ferrer…

 

Ces artistes travaillaient davantage avec des labels ou en autoproduction ?

Les deux, en fait. Certaines majors comme Philips ou Pathé ont publié des albums avant-gardistes. A côté, on voit apparaître des labels indépendants comme Savarah.

 

  • Jeudi 10 décembre à 20 heures au 106 à Rouen. Entrée libre. Réservation au 02 32 10 88 60 ou sur www.le106.com