La Région Normandie a labellisé vendredi 31 octobre cinq salles de théâtre du territoire pour leur engagement et leurs projets en faveur des droits culturels.

Difficile de dresser un bilan positif quand est évoqué la démocratisation de la culture. « 5 % de nos compatriotes poussent la porte d’un théâtre », rappelle Hervé Morin, président de la Région Normandie. Dans ce domaine, « on ne peut pas toucher seulement l’écume des choses. Les droits culturels renvoient à la question de parité, de diversité, de mobilité, de ruralité, d’altérité, d’égalité ».

Les droits culturels sont devenus un leitmotiv dans les discours des élus régionaux. Ils sont « fondamentaux », considère Catherine Morin-Desailly qui a contribué à leur inscription dans les dernières lois territoriales. « Les Droits culturels sont un corollaire aux droits à l’éducation. Il est temps de réfléchir à l’accessibilité universelle de tout un chacun à la culture ». La sénatrice, présidente de la commission culture, tourisme et attractivité du territoire veut faire de la Normandie « une région pilote ».

Une charte puis une labellisation

Il y a eu une première étape au festival d’Avignon en 2017 lorsque plusieurs acteurs et actrices du monde culturel normand ont signé une charte avec dix engagements. La seconde : la labellisation des lieux culturels par la Région Normandie afin de les encourager à porter des projets favorisant une culture pour tous. Vendredi 31 octobre, cinq premières salles ont reçu le label. Il s’agit de la Scène nationale 61 d’Alençon, Flers et Mortagne-au-Perche, L’Archipel à Granville, le Théâtre de l’Arsenal à Val-de-Reuil, La Comédie de Caen-CDN de Normandie et Le Volcan au Havre.

Au Théâtre de l’Arsenal, les deux directeurs, Jean-Yves Lazennec et Dominique Boivin, se sont ainsi engagés à proposer une programmation pluridisciplinaire, à promouvoir la danse contemporaine et nouer des liens avec les établissements scolaires, pas seulement pour la diffusion des spectacles mais aussi à travers des ateliers pour « s’emparer des droits à la création », commente le danseur et chorégraphe. Ce qui permet d’avoir « une meilleure appréhension de la différence et des grands enjeux, une compréhension du monde et le courage d’être soi ».

« se sentir le maître du monde »

Jacques Peigné, directeur délégué du CDN de Normandie Caen a insisté sur le travail mené dans les établissements scolaires, les prisons et les hôpitaux, avec les associations. Il y a également les pratiques artistiques et les ateliers d’écriture. « Les actions culturelles sont liées aux créations des artistes que nous accueillons ». Marc Gourreau, directeur de L’Archipel à Granville, a nourri son projet des spécificités du territoire. « Tout naît des racines ». La salle normande a notamment imaginé des ambassadeurs de la culture, mis en place une billetterie dématérialisée, un service de « court-voiturage », un soutien aux artistes locaux. La mobilité est au cœur du projet de la Scène nationale 61 qui se déploie sur trois sites à Alençon, Flers et Mortagne-au-Perche. Régine Montoya souhaite rapprocher les publics grâce à un projet de Cafés connectés pour créer du lien, à une ligne de bus pour croiser les publics, à des créations partagées entre amateurs et professionnels… 

Jean-François Driant fait du Volcan au Havre « une maison commune »  où « chacun doit être accueilli » et « se sentir le maître du monde ». « C’est un challenge pour une équipe de théâtre ». Cela passe par une politique tarifaire, des actions à destination des familles et dans les quartiers prioritaires, une plus grande accessibilité de tous les publics. Outre les représentations en langue des signes et en audio-description, le Volcan vient d’acquérir des gilets vibrants qui permettent aux sourds et mal-entendants de ressentir la musique.

Plusieurs labels seront décernés à d’autres salles de la région Normandie comme le CDN de Normandie Rouen, le 106 à Rouen, le Rayon vert à Saint-Valery-en-Caux, le Rive gauche à Saint-Étienne-du-Rouvray, l’Opéra de Normandie Rouen…