Les chansons d’Ed Mount sont des bulles de douceur, des plages imaginaires et ensoleillées au charme romantique. Avec deux EP, Space Cries et Left My Heart, Ed Mount, le projet solo de Thibault Chevaillier, multi instrumentiste passé par le jazz, explore une pop electro, dansante, langoureuse et enveloppante. Il sera l’un des 27 artistes du festival Ouest Park qui se tient du 18 au 20 octobre au Fort de Tourneville au Havre. Entretien.

Vous avez mené divers projets musicaux. Comment Ed Mount s’inscrit dans votre parcours ?

J’ai commencé la musique très tôt. J’ai fait pas mal de jazz. Ce qui a beaucoup nourri ma manière d’aborder l’harmonie, la mélodie. Je suis guitariste. Petit, j’ai aussi appris à jouer du piano. Après dix ans de pratique de jazz, je suis revenu à la pop, la musique que j’écoutais quand j’étais ado. Il y a trois ou quatre ans, il y a eu un revirement de situation. Quand je fais une chose, je ne fais que ça. Comme j’ai un comportement un peu extrême, j’ai tendance à m’enfermer. Je me suis rouvert depuis. J’ai également mené des études d’arts, de graphisme qui m’ont amené à penser visuellement la musique. Pour moi, les chansons sont des tableaux.

Aviez-vous choisi le jazz par hasard ?

Ce fut un demi-hasard. Mon prof de guitare m’a dit un jour : si tu veux progresser, il faut que tu ailles vers le jazz. Et il m’a tendu une partition de Charlie Parker. Je suis tombé fou de sa musique. Il y avait quelque chose d’excitant, une liberté qui n’existe plus. Le jazz est trop codifié aujourd’hui. Quand j’ai écouté Charlie Parker la première fois, je me suis dit : on est encore capable d’inventer de la musique au XXe siècle. Dans les années 1950, ce mec révolutionne tout. Ce fut un coup de foudre.

Qu’a apporté cette pratique du jazz dans votre travail de musicien ?

Il m’a appris la rigueur, pour pouvoir être libre ensuite. C’est ce que je me suis imaginé : plus on est exigeant, plus on peut être libre. Quand on a tous les outils entre les mains, il est possible de choisir les meilleurs. Cela me va très bien d’avoir ce bagage.

Vous avez collaboré avec plusieurs musiciens. À quel moment avez-vous eu envie d’un projet solo ?

C’est arrivé assez vite. Très rapidement, j’ai fait des propositions. Dans la vie, je ne suis pas un leader. Dans la musique, je le suis. J’ai eu envie de retranscrire ce que j’entendais. Ce projet a débuté comme on se lance un challenge. Je sortais du jazz. J’en avais ma claque. J’ai ressenti un trop plein. Je ne me sentais plus à ma place dans cette famille. J’avais essayé de placer mon dernier groupe à la marge mais c’était difficile. Il est impossible de casser les codes et de briser les frontières dans ce milieu. J’avais aussi envie de chanter. C’était une première, pour moi. Je voulais revenir au chant. J’en avais fait quand j’étais ado. Je me suis enfermé, j’ai écrit des chansons et je les ai chantées. Je ne savais pas très bien où j’allais avec cela.

Les premières étapes ont été la sortie de deux EP.

J’ai écrit les premiers morceaux de manière assez naturelle. Depuis, tout se peaufine. Ce sont comme des œuvres de jeunesse. Au fil du temps, je précise l’endroit où je veux aller.

Vous avez été instrumentiste pendant plusieurs années. Quel est votre rapport à l’écriture ?

Le rapport à l’écriture est compliqué. J’écris des textes depuis le projet Ed Mount. Ce sont des moments un peu difficiles parce que j’ai du mal à me livrer. Les textes servent de tremplins aux mélodies. Je me laisse porter par les mots. Je vois les morceaux comme des tableaux, des impressions, des sensations. Il y a quelque chose d’impressionniste dans mes chansons.

À un moment, vous vous êtes enfermé dans le jazz. Est-ce que vous vous êtes isolé pour écrire ?

C’est difficile parce que l’on est beaucoup chez soi. Là, c’est difficile de ne pas être dérangé par un mail, un appel téléphonique, la préparation d’un repas. Je pouvais avoir cependant des plages de six heures. La donne a changé depuis que je suis papa. J’ai écrit pendant les siestes. Sur ces temps très courts, les choses sont venues. Je provoquais le moment, l’ambiance. C’était hyper libérateur. Pour moi, cela a été un nouveau processus de création.

Infos pratiques

  • Vendredi 18 et samedi 19 octobre à 22h20, dimanche 20 octobre à 14h30 à la Caravane spectacle
  • Ouest Park : les 18 et 19 octobre à partir de 19 heures, le 20 octobre à 13h30 au fort de Tourneville au Havre.
  • Tarifs : de 35 à 26 €, une soirée, 50 € les deux soirs, gratuit le dimanche
  • Réservation sur www.ouestpark.com