Ils ont trouvé leur place sur la scène rock indé et l’occupe de manière remarquable. Théo, guitare, Max, basse, et Ben, batterie forment Lysistrata et, depuis leur formation en 2013, foncent à toute allure. C’est sombre, puissant. L’urgence transparaît dans tous leurs titres aux mélodies envoûtantes. Leurs prestations sont renversantes. Lysistrata sera jeudi 23 janvier au Kubb à Évreux et samedi 1er février au Kalif à Rouen. Entretien avec Ben.

Vous avez sorti deux albums, crée un label, enchaîné les dates de concerts dans un court laps de temps. Pourquoi avez-vous ce désir d’aller très vite ?

Nous ne sommes pas forcément des gens pressés. Nous n’avons pas l’envie d’aller super vite. Il est vrai que nous avons un tourneur qui nous fait pas mal bosser. Ce qui nous permet de vivre de notre musique maintenant. Cependant nous aimons beaucoup travailler dans l’urgence. Même si je pense que nous ne nous pressons pas tant que cela.

Pourquoi aimiez-vous travailler dans l’urgence ?

C’est difficile à expliquer. Nous sommes comme ça. C’était la même chose quand j’étais encore à l’école. J’avais tendance à faire mes devoirs la veille pour le lendemain. Pour le travail en studio, on arrive toujours avec des morceaux et, en général, on change tout au dernier moment. En fait, on attend, on attend jusqu’à ce qu’on n’ait plus le choix. Ce qui permet de garder un côté spontané. Souvent, lorsque l’on passe trop de temps sur un morceau, on tourne en boucle et on s’en lasse vite. Nos titres, on les crée en deux heures.

Ce qui permet d’aller à l’essentiel ?

Oui, c’est ça. Aller à l’essentiel permet de ne pas se poser trop de questions. Ensemble, on joue un truc, on voit ce qu’il en ressort. Si ça nous parle, c’est bon.

Est-ce que vous avez connu des moments de panique dans cette urgence ?

Oui, clairement. Cela m’est arrivé en studio. J’ai ressenti de la panique. Sur les neuf morceaux du dernier album, seuls trois étaient écrits. Et il nous restait seulement trois jours pour enregistrer. Lors de ces moments-là, je me pose et les mots peuvent sortir spontanément. Les sujets ne sont pas définis à l’avance. Ce peut être un événement dont on a parlé ensemble, une info vue sur le net ou les réseaux sociaux ou tout ce qui peut me passer par la tête. Il suffit d’une phrase et après je développe. J’ai un fil conducteur et je le déroule. Ce sont des sujets qui nous concernent, comme la jeunesse, la folie, l’amour, les burn-out. Nous avons quand même tous la tête sous l’eau face à ce qui nous entoure.

Est-ce qu’il y a de la colère en vous ?

Oui, il y a de la colère quand même. Cela se sent un peu en live. Ce n’est pas forcément de la colère pure. Il y a aussi beaucoup d’énergie parce que nous sommes plutôt des personnes calmes. Sur scène, on lâche tout ce qui est en nous. Ce sont des sentiments mélangés. Nous savons que tout cela doit sortir. Il nous est arrivé d’annuler quelques dates. Quand tu joues trop, que tu te défoules tous les soirs, tu n’as plus rien à donner à un moment.

Pour ce deuxième album, Breathe In/out, avez-vous modifié votre méthode de travail ?

Oui, cela a été différent. Pour le premier album, nous avons réuni des titres écrits pendant plusieurs années et jouées de nombreuses fois en live. À un moment il a fallu les graver. Pour cet album, il y a eu une sorte de frustration : c’était des morceaux que nous avions beaucoup joués mais peu écoutés. Quant au deuxième album, il est un mélange de riffs et de thèmes que nous avons assemblés comme des Lego. Là, il y a eu une autre frustration. Comme on avait les riffs en tête, tout est sorti spontanément et nous avons très peu répétés. En fait, les deux albums sont les fruits de deux types de frustration.

Vous êtes un groupe de scène. Aimez-vous tout particulièrement le travail en studio ?

C’est un travail qui est stressant. La première fois que nous y sommes allés, c’était très impressionnant. En live, on ne se pose pas trop de questions. En studio, on a envie que tout soit parfait. On a tellement envie que ce soit parfait que l’on fait des erreurs tout le temps. Donc, il faut faire comme en live. C’est pour cette raison que nous avons gardé quelques accidents sur l’album. Si on n’aimait pas trop le studio au début, maintenant c’est un travail que l’on adore. Pendant une dizaine de jours, nous sommes dans une bulle et on joue.

Infos pratiques

  • Jeudi 23 janvier à 20h30 au Kubb à Évreux. Première partie : Slift. Tarifs : de 12 à 4 €. Pour les étudiants :  carte Culture. Réservation au 02 32 29 63 32 ou sur www.letangram.com
  • Samedi 1er février à 20 heures au Kalif à Rouen. Première partie : Unschooling. Tarifs : de 12 à 6 €. Réservation sur www.lekalif.com