Théâtre au CDN : le mensonge est un jeu pour s’accommoder de la réalité

par | 27 mars 2018 | Théâtre

Le Menteur de Corneille devient une pièce de théâtre moderne avec Julie Vidit. La metteuse en scène crée un spectacle drôle et intense, présenté du 28 au 30 mars au CDN de Normandie Rouen.

photo Anne Gayan

Après Le Cid, Le Menteur. Pour la première pièce, elle était comédienne. La seconde, elle la met en scène. Après une découverte à la Comédie-Française pendant son adolescence, Julie Vidit s’est plongée l’œuvre de Pierre Corneille. « En relisant Le Menteur, je me suis dit qu’il fallait en faire quelque chose. Le propos est très actuel. Corneille aborde la difficulté de trouver sa place dans ce monde. Faut-il mentir pour cela ? Est-ce que le mensonge est un tremplin vers le pouvoir ? »

Dans Le Menteur, une comédie datant de 1643, Corneille s’amuse à écrire un véritable imbroglio. Parti de Poitiers, Dorante arrive à Paris avec son valet, Cliton. Il ne peut s’empêcher de faire la cour à une demoiselle qu’il croise dans la rue. C’est le début d’une cascade de mensonges qui va lui amener quelques ennuis. Surtout lorsque Géronte, le père de Dorante, a décidé de le marier à Clarice, la fille d’un de ses amis. La jeune femme ne veut accepter la proposition sans avoir rencontré son prétendant… Cette fois, Dorante va tomber dans un piège.

Pour Julia Vidit, porter simplement à la scène le texte de Corneille n’était pas suffisant et judicieux. « Il fallait avoir un dialogue avec cette pièce classique ». L’artiste a commencé à travailler avec le dramaturge, Guillaume Cayet pour signer une adaptation de ce Menteur pour « aller au centre de l’œuvre » et « trouver des passerelles entre le XXIe siècle et le XVIIe siècle. Il était important, pour nous, de montrer comment Corneille nous éclaire sur aujourd’hui ». Dorante s’invente en effet une vie. Cependant, « celui qui s’affiche comme le menteur n’est pas le plus grand menteur. Dans cette pièce, chacun s’invente des stratagèmes pour parvenir à ses fins » et va s’accommoder de la réalité.

Quelle place pour les femmes ?

Pour Julia Vidit, tous les personnages se révèlent intéressants, « quelle que soit sa position sociale. Nous sommes faits de plusieurs facettes. Par exemple, une femme est mère, fille, épouse, amante… Comment faire pour endosser tous ces rôles, rester acteur de sa vie sans se fourvoyer. Où est le vrai ? Où est le faux ? Au théâtre, on peut toucher le vrai avec du faux ». Dans cette création, la metteure en scène interroge par ailleurs la place des femmes. « Dans les pièces classiques, elles sont surtout le faire valoir des hommes. Pas dans celle-ci ». Elle va plus loin : « Cliton est joué par un travesti et devient ainsi le double féminin de Dorante. Cela rend les rôles des femmes plus forts ».

Mettre en scène Corneille, c’est aussi travailler sur le vers. « un exercice génial pour les acteurs, comme pour le spectateur » parce qu’il faut jongler avec une langue. « C’est performatif. Surtout chez Corneille. Chaque vers dit quelque chose. La technique s’allie au fond. Nous avons entamé un travail à la table afin que tout soit compris, que le vers soit concret, parlé. La puissance des idées de Corneille doit obligatoirement transparaître » grâce au jeu des huit comédiens qui évoluent dans un espace en mouvement, au centre de plusieurs miroirs. « Ce qui permet de voir comment la réalité peut être doublée. Avec un miroir, on a une conscience de nous. Cela m’a renvoyé sur notre lien aux écrans aujourd’hui, notamment sur cette obsession du selfy qui nous empêche en fait de nous regarder vraiment ».

 

 

  • Mercredi 28, jeudi 29 et vendredi 30 mars à 20 heures au théâtre de la Foudre à Petit-Quevilly. Tarifs : 18 €, 13 €. Pour les étudiants : carte Culture. Réservation au 02 35 70 22 82 ou sur www.cdn-normandierouen.fr
  • Rencontre avec l’équipe artistique à l’issue de la représentation du jeudi 29 mars

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