Des nouveaux espaces ont été dessinés avec la loi de Modernisation de l’action publique territoriale. Pour les collectivités, il est devenu nécessaire de penser à l’échelle d’une métropole. Durant les ateliers qui précèdent les Rencontres de la culture le 15 mars au 106 à Rouen, un groupe d’acteurs culturels, de responsables politiques, piloté par Jean-Christophe Aplincourt, directeur du 106, ont réfléchi sur ces « Nouveaux territoires ».

 

carte_culturemetropolePendant ces quarante dernières années depuis le début des politiques culturelles, le paysage culturel de l’agglomération rouennaise s’est métamorphosé. « Tout s’est construit par sédimentation, remarque Jean-Christophe Aplincourt. Il y a eu des investissements importants dans les communes. Or rien n’a été pensé dans un ensemble. Et la dynamique est venue de la rive gauche. La ville centre a mis du temps à devenir leader. Elle avait choisi le patrimoine et quelques créneaux comme l’opéra ».

 

Le bilan n’est pour autant négatif. Car aujourd’hui, le territoire de la Métropole est pluriel et riche. Mais avec des manques. Notamment « une absence de lieux de travail artistiques ». Un travail qui s’effectue de manière collective. Pour le directeur du 106, « les gens ont envie d’avoir des pratiques culturelles. Quand on leur offre des conditions favorables, ces pratiques se renforcent. Avant d’avoir été professionnels, les artistes ont tous été des amateurs ». Il cite ce qu’il connaît le mieux, les studios du 106, avec 350 groupes inscrits. « C’est vertueux. Les groupes se composent, se recomposent. Les musiciens s’associent à court ou à long terme. Cela fabrique de la compétence, implique de nouvelles collaborations humaines qui rendent les projets plus forts ».

 

Des initiatives

Plusieurs artistes ont porté des projets communs. Il y a l’UBI à Rouen, lieu artistique mutualisé ouvert en 2014, rue Alsace-Lorraine à Rouen. Il accueille les administrations de compagnies, met à disposition un appartement pour des résidences d’artistes. Le SHED à Notre-Dame-de-Bondeville, dédié à l’art contemporain, est porté par un collectif d’artistes plasticiens dans un bâtiment industriel des anciens établissements Gresland, typique de l’architecture industrielle d’inspiration britannique d’où son nom, Shed. Il y aura le DATA ou Domaine d’Activités Trans Artistiques, initiative citoyenne en cours de création à Rouen, qui serait un pôle de résidence de projets ouverts, associant professionnels et amateurs, habitants de la ville.

 

Preuve que tout n’est pas figé, il y a eu en 2005 le rapprochement inattendu de Petit-Quevilly, l’ouvrière de la rive gauche, qui s’est associé à Mont-Saint-Aignan, la résidentielle des plateaux nord, pour consolider la Scène nationale en regroupant le théâtre de La Foudre et la scène du centre Marc-Sangnier. Le chemin était ouvert pour aboutir en 2014 à la création du CDN (Centre dramatique national) sur trois lieux différents en associant Rouen et le théâtre des Deux-Rives.

 

Avec cette redistribution des cartes territoriales, de nouvelles initiatives, quel est le rôle de la Métropole dans le domaine culturel ? Une pensée commune s’impose pour tisser des liens, des synergies entre les acteurs culturels, respecter les singularités tout en créant une identité et favorisant les actions collectives. Jean-Pierre Saez évoque une métropole avec trois objectifs. Elle doit tout d’abord être « créative », « multiculturelle » et « collaborative ». « Si on veut des personnes créatives, il faut s’immerger dans un tissu et se demander ce que nous avons à fabriquer ensemble. Et nous avons des ressources », commente Jean-Christophe Aplincourt. Les Rencontres de la culture sont une introduction à ces réflexions. « La Métropole doit jouer un rôle de catalyseur, créer les conditions de l’expérience ».