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Nosfell : « tous les contes contiennent une pensée puissante »

photo : Manu Wino

Avec un imaginaire débordant, Nosfell, artiste aux multiples talents, a développé un univers fantastique, toujours poétique. Chaque création est une exploration de son pays de Klokochazia à travers une culture singulière et une langue inventée, le klokobetz. Auteur, compositeur, interprète, danseur, performeur, il joue Cristaux mardi 26 avril à L’Éclat à Pont-Audemer dans le cadre du festival Noob. C’est l’histoire d’une petite fille, issue d’une famille de paludiers et de créatures étranges qui tentent de faire réapparaître le sel. Entretien avec Nosfell.

Quelle part tiennent les contes dans votre imaginaire ?

C’est une vieille histoire. Je pense que cet attachement vient de mon père, un homme très jaloux. La nuit, il venait souvent me réveiller pour m’interroger sur l’emploi du temps de ma mère. Pour compenser cette violence, il me racontait des histoires. Je me souviens très bien de ce livre, Le Conteur de Marrakech. C’était une retranscription d’une forme de réalité. Puis, tout cela m’a un peu quitté. Après, je me suis intéressé aux mythologies. J’ai beaucoup lu le livre de Hamilton. Je l’ai même épuisé. Il a été ma seconde bible. Une nouvelle fois, je me suis éloigné de toutes ces histoires. Dans ma vingtaine, j’ai eu une passion pour d’autres formes de littérature, notamment la poésie et surtout celle de Fernando Pessoa qui s’empare des mythes fondateurs. Je me suis aussi passionné pour les écrits de Ghérasim Luca, d’origine roumaine. Il a réussi à trouver un langage poétique et une grande liberté dans une autre langue que sa langue maternelle.

Qu’allez-vous chercher dans les contes ?

J’aime leur caractère populaire. Dans le conte, il y a l’idée d’une œuvre qui n’est jamais terminée et qui se transmet de manière orale. Elle est en permanence réinventée, reformulée. Je trouve qu’il y a un charme fou dans cette forme-là. C’est une vision de la transmission dont je m’inspire dans mon travail, dans ma démarche. Pour une création, je fais un spectacle, un livret, un disque… Et tout est connecté. Dans les contes, j’aime aussi le fond. Chacun fait ressortir des frayeurs, l’aspect miraculeux de nos rêves, de nos fantasmes, de notre vision de la nature. Tous les contes ont un sens profond et contiennent une pensée puissante. Aujourd’hui, les contes sont le parent pauvre de la littérature.

C’était alors tout naturel pour vous d’écrire des contes.

C’est une forme qui me poursuit. Même quand j’essaie de la fuir. Quand j’ai écrit Le Corps des songes, je me suis posé des questions. Tu es un chanteur, tu fais des disques. Or je n’aime pas beaucoup la chanson réaliste. Ce n’est pas mon mode d’écriture. J’avais écrit des bribes d’histoire. Pendant six ans, j’ai accompagné des projets. J’étais performeur. Cela m’a ouvert des portes et permis de prendre des risques. Comme je l’ai toujours rêvé. J’ai alors amené sur scène ces figures qui sortaient seulement par la voix.

Sur scène, vous êtes un personnage fantastique, mi-homme, mi-créature.

C’est une réincarnation. J’ai en fait travaillé sur la réincarnation de cette histoire. Cette créature est en effet la réincarnation d’une petite fille qui appartient à une famille de paludiers, ces personnes qui récoltent le sel dans les marais. Dans son village, le sel a disparu. Elle revient après plusieurs milliers d’années avec en elle l’histoire de cette enfant. Je trouve que ce rapport à l’iode est important parce qu’il y a un lien avec nos humeurs. La présence de l’iode est nécessaire pour nous. C’est un héritage de l’océan que nous avons enfermé dans notre enveloppe corporelle. Il intervient dans le fonctionnement de la  thyroïde qui régule notre métabolisme.

Racontez-vous cette histoire en klokobetz ?

Oui, en klokobetz et en français. Avec Jérémy Barrault, nous avons écrit un protocole d’écriture. Lui a élaboré une typographie. Nous avons ainsi créé des livrets. Cristaux est, pour moi, un oratorio fantastique. Je détourne cette forme pour me l’approprier. La nature y est très présente. J’ai voulu ce rapport avec les éléments, mettre diverses références de littérature et de cinéma des années 1950.

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