# 55 / Les compagnies des arts de la rue sont à nouveau inquiètes

par | 10 février 2021 | A la une, covid-19, Vie culturelle

À quelques semaines du début de la saison des arts de la rue, les compagnies normandes sont inquiètes. Explication avec Amélie Clément, directrice de la compagnie du Ballon vert à Caen et présidente de la fédération régionale des arts de la rue en Normandie.

D’avril jusqu’en septembre… C’est pendant cette courte période que se déroule la quasi totalité de la saison des arts de la rue. Le printemps approche et les compagnies se retrouvent dans le même flou. Celui qu’elles ont vécu il y a un an. En 2020, les festivals, notamment Viva Cité à Sotteville-lès-Rouen, l’un des trois plus importants en France, n’ont pas eu lieu à un moment où le monde culturel se déconfinait. Pendant tout l’été, les compagnies des arts de la rue ont vivement éprouvé un sentiment d’injustice et d’incompréhension.

« Pourquoi aurions-nous été moins capables de gérer des flux de personnes qu’un centre commercial ? Personne ne peut nous répondre de manière pragmatique à cette question. Cet été, si nous avions pu retrouver les espaces, cela aurait envoyé un symbole fort. Au lieu de cela, nous avons eu un discours infantilisant. En quarante ans, nous n’avons eu aucun accident. Tout le monde le sait. Les directeurs techniques sont extrêmement compétents. Il n’y a aucune reconnaissance de leur savoir-faire. Nous pouvons nous adapter, inventer des choses mais elles ne sont pas entendues ou mal ».

Et 2022 ?

Amélie Clément, fondatrice de la compagnie du Ballon vert à Caen et présidente de la Fédération régionale des arts de la rue, est inquiète. Elle craint alors que « le sentiment d’injustice bascule dans un sentiment de mépris qui génère une colère. Plus cette situation dure, plus le mépris sera grand. J’ai peur que cela se braque et se braque fort ». Les premières semaines de chaque année restent en effet des moments de préparation et de décision, importants pour la tenue des événements. Les signaux déjà envoyés ne sont pas rassurants pour les compagnies des arts de la rue. La Ville de Sotteville-lès-Rouen a déjà fait savoir que Viva Cité aura lieu certes mais dans une autre configuration. « Les budgets sont votés maintenant et il faut les préserver. Certains seront transformés en action culturelle. S’ils sont rayés, il n’est pas dit qu’on les retrouve en 2022 », indique Amélie Clément.

2022 ? « Cela ira mieux, paraît-il mais on nous a déjà fait le coup ». La présidente de la Fédération régionale des arts de la rue a lu beaucoup de « fatigue physique et psychologique » chez les artistes. « Nous n’échappons pas à cette vague. Nous avons tous besoin de nous rouvrir au monde. Sinon, à quel endroit pourrons-nous faire société ? Il faut assurer des temps d’échange et de poésie ». S’ajoutent les problèmes économiques et sociaux. Amélie Clément prévient : « Les arts de la rue ne pourront pas se remettre d’une deuxième année blanche ». Autre crainte : le soutien accordé jusqu’à présent ne sera pas suffisant. Aujourd’hui n’est pas le temps de la relance mais de l’urgence.

Une enveloppe de 200 000 euros

En Normandie, une quarantaine de compagnies ont choisi la rue pour exprimer leur art. Une dizaine reçoit des subventions publiques de l’État et de la Région Normandie. « Les autres, les plus fragiles, sont peu aidées, diffusent beaucoup — entre 50 et 60 dates par an — et dépendent des villes et des intercommunalités parce qu’elles mènent également des ateliers et des actions culturelles. Toutes ces activités permettaient d’avoir un budget équilibré. Aujourd’hui, on ne diffuse plus et il y a moins d’activités. Cela va être dramatique. Beaucoup sont à l’arrêt ».

ReNAR, le réseau normand des arts de la rue qui comprend des structures culturelles et des collectivités, a reçu de la part de la Région Normandie une enveloppe de 200 000 euros destinée à multiplier la diffusion des compagnies normandes en 2021, à développer les événements déjà existants et à en créer de nouveaux. « La Région veut un rendez-vous festif, populaire dans le centre ville de Rouen à l’automne 2021 dans le cadre de l’année Flaubert. Ce qui permettra de fédérer des compagnies du territoire avec des œuvres à grand format », annonce Amélie Clément. Le monde des arts de la rue attend aussi des perspectives

  • crédit photo : Robin Letellier – ville de Sotteville-lès-Rouen

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