Bouba Landrille Tchouda : « Je veux être à l’endroit de la poésie et de la beauté »

par | 13 octobre 2020 | Danse

Dans Miracles, Bouba Landrille Tchouda rappelle comment l’environnement a une influence sur les corps, l’esprit, les idées… Chacun va puiser consciemment ou inconsciemment dans son entourage et créer des nouveaux horizons. Tous ces petits miracles que le fondateur de la compagnie Malka raconte dans cette nouvelle chorégraphie, un trio porté par Annelise Pizot, Razy Essid, Noah Mgbélé Timothée et présenté pour la première fois jeudi 15 octobre au Rive gauche à Saint-Étienne-du-Rouvray où Bouba Landrille Tchouda est artiste associé. Entretien avec le danseur et chorégraphe.

Qu’est-ce que des miracles ?

Ce sont des choses peu habituelles, pas simples à observer. Il faut avoir envie de voir en ces événements le côté extraordinaire. C’est aussi un mot qui fait appel au sacré, au divin, à l’exceptionnel. Avec cette crise sanitaire, c’est un miracle que nous soyons toujours debout, que la compagnie existe toujours. Après le confinement, 28 dates ont été annulées. Les différents soutiens nous ont permis d’être encore là.

Est-ce un miracle de danser aujourd’hui ?

Oui, c’est un miracle parce que l’on se croise. On se frotte. De ces frottements naissent des mouvements qui peuvent nous emmener vers des chemins insoupçonnés. Dans cette pièce, je souhaite exprimer le fait que notre trajectoire est liée à celle des autres. Même des événements qui ne sont pas liés directement à nous ont néanmoins des incidences sur le cours des choses. Je crois en les êtres humains, aux rencontres. J’ai mal vécu ce confinement. Je ne sais rien faire tout seul. J’avance avec les autres. Même si ce n’est pas simple. L’énergie des autres, les discussions avec les autres peuvent nous faire bouger.

Pourquoi la danse a été un miracle pour vous ?

Je suis un enfant d’une maison des jeunes et de la culture, des centres sociaux. Je suis devenu danseur grâce aux enseignants, aux directeurs de ces centres qui n’ont pas lâché l’affaire. Tous m’ont aidé à trouver mon chemin. En fait, c’est la danse qui m’a choisi. Sans elle, j’aurais été un gamin perdu. Le hip-hop m’a sauvé. C’était l’endroit où je me sentais bien parce que je n’étais pas jugé et il y avait un regard bienveillant. Cela me suffisait pour être heureux. J’avais l’impression d’être quelqu’un de bien quand je dansais. Aujourd’hui, je restitue ces choses, ces valeurs que j’ai reçues de ma famille, de mes éducateurs, de mes profs. Je veux être à l’endroit de la poésie et de la beauté.

“J’aime travailler avec des interprètes qui ont des techniques différentes”

Quel est le point de départ de ce trio ?

Il s’est imposé à moi pendant le confinement. Je me demandais ce qui se passait, pourquoi une si petite chose pouvait mettre tout le monde KO. Finalement, je pensais que nous sommes tous égaux devant ce virus. Nous sommes en fait de petites choses. Miracles s’est en effet imposé. Cela faisait tellement sens avec ce que nous vivions. Puis, beaucoup de choses se sont télescopées. 

Est-ce que les trois interprètes incarnent des personnages ?

Non, ils ne jouent pas des personnages. J’aime travailler avec des interprètes qui ont des techniques différentes. La danse, c’est le frottement de toutes ces différences. Quand je sors dans la rue, j’aime voir des couleurs. Et les gens sont des couleurs. Cette richesse fait que cela fonctionne. Sur le plateau, j’écris un vocabulaire commun en piochant dans leur langage pour créer une rencontre des univers des uns et des autres.

Que symbolise le monolithe installé sur le plateau ?

J’avais envie d’avoir un module qui représente les ancêtres, ces endroits d’où l’on vient. Ce totem est quelque chose qui permet d’avoir la sensation d’appartenir à un clan, devant lequel on peut prier. Ce peut être un sage. C’est aussi un interprète qui bouge.

Infos pratiques

  • Jeudi 15 octobre à 20h30 au Rive gauche à Saint-Étienne-du-Rouvray
  • Durée : 1 heure
  • Spectacle accessible pour les personnes en situation de handicap auditif et mental
  • Tarifs : de 18 à 5 €. Pour les étudiants : carte Culture
  • Réservation au 02 32 91 94 94 ou sur www.lerivegauche76.fr
  • photo Camille Triadou

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