C’est un spectacle dont on ressort bouleversé tant le texte intense et l’interprétation incandescente marquent au plus profond. Réparer Les Vivants est un roman, signé par Maylis de Kerangal, puis une pièce de théâtre, écrite et jouée par Emmanuel Noblet. Le comédien rouennais, auréolé d’un Molière bien mérité, a confié cette histoire de transplantation cardiaque à un autre comédien rouennais, Thomas Germaine. Le Henry VI de Thomas Jolly sera vendredi 3 mai au centre culturel Voltaire à Dévile-lès-Rouen avec Réparer Les Vivants. Entretien.

Pourquoi avez-vous accepté la proposition de reprendre Réparer Les Vivants ?

Il était difficile de refuser un tel cadeau. J’ai vu la pièce sans savoir que j’allais reprendre un jour reprendre le rôle. Pourtant, je n’avais plus envie de jouer de solo. Mais ce cadeau est tellement beau. Je ne me suis pas posé de question. La beauté vient aussi du travail que j’ai effectué avec Emmanuel. À la fin de la générale, il m’a dit : je suis content, la transplantation est réussie.

Qu’aviez-vous ressenti lorsque vous aviez vu le spectacle la première fois ?

J’avais adoré ce spectacle. J’en étais ressorti bouleversé. C’est une pièce qui touche à l’essence de ce qui est notre vie : le rapport à la mort, le don de soi. Là, c’est quelque chose de physique. À la fin, je suis obligé de me ressaisir pour me retrouver.

Pourquoi n’avez-vous plus envie de solo ?

Au départ, j’ai monté un solo, Saïd El Feliz pour être face un public et savoir ce que je valais en tant que comédien. Avec Une Minute encore, je voulais aborder ce rapport à la vie et à la mort. Comme dans Réparer Les Vivants. Cette pièce est un mix de mes deux créations avec l’interprétation de plusieurs personnages et ce rapport à la vie. C’est ici et maintenant qui compte. Par ailleurs, il y a le trac. Avec Réparer Les Vivants, il est très fort. C’est un truc que je n’avais pas ressenti à ce point.

Réparer Les vivants a été un succès littéraire et théâtral. Emmanuel Noblet a reçu un Molière. Comment avez-vous abordé ce texte ?

Je me suis fixé une ligne de conduite. C’est une création d’Emmanuel. Je veux être le garant de la force et de la beauté de ce spectacle. Je me dois de les respecter, de les transmettre, d’en être au plus près. Surtout ne pas être dans le pathos. Pour cela, il est essentiel d’être à l’endroit de la pudeur, d’être respectueux de ceux qui donnent et de ceux qui reçoivent. Quand je joue, je pense à ceux qui ont traversé cette tragédie. Il faut être prudent par rapport à l’émotion que l’on transmet. Il faut être sur un fil. Nous sommes presque à la fin de la tournée et je trouve que ce spectacle mobilise à chaque représentation. Le propos est fort parce qu’il questionne le fait d’être vivant. Chaque représentation doit alors être chargée du présent. Il y a comme une urgence à partager ce message de générosité. Aujourd’hui, on est tellement loin de ce sujet, le don de soi.

Comment restez-vous fidèle aux intentions d’Emmanuel Noblet ?

Cela demande beaucoup de travail. J’ai du mal à dire que je me suis approprié ce spectacle. J’en prends soin. Comme si Emmanuel m’avait confié un nourrisson.

Comment avez-vous travaillé tous les deux ?

Je suis allé voir Emmanuel plusieurs fois lorsqu’il jouait au théâtre de La Porte Saint-Martin à Paris pour m’imprégner de la pièce. Je prenais des notes. Je me faisais des italiennes. Puis nous avons répété ensemble. Pendant ces moments, Emmanuel a été d’une grande bienveillance et d’une grande délicatesse. Très vite, il m’a mis en confiance. Je savais qu’il y avait une pression, une attente. Mais il y a un réel plaisir d’acteur. On est là dans une œuvre littéraire avec des mots du langage médical qui sont barbares mais deviennent poétiques.

Comment imaginez-vous la dernière représentation ?

Il y a une reprise d’une dizaine de dates la saison prochaine. Avec Emmanuel, nous nous parlons beaucoup et souvent. Depuis la création, Réparer Les Vivants est devenue une aventure humaine. Le texte m’a aidé à un moment de ma vie. Je savais qu’il allait m’accompagner dans ma vie personnelle et il a pris une place énorme. C’est très curieux. On part pour faire un travail et on fait plus qu’un travail. On vit des moments forts. On rencontre dans le public des personnes qui ont vécu cela. Ce sont des leçons de vie tellement fortes.

Infos pratiques

  • Vendredi 3 mai à 20 heures au centre culturel Voltaire à Déville-lès-Rouen.
  • Tarifs : de 20 à 10 €. Pour les étudiants : carte Culture.
  • Réservation au 02 35 68 48 91 ou sur www.dullin-voltaire.com