Ce sera “jubilatoire” au Théâtre du Présent

par | 5 novembre 2020 | Vie culturelle

À l’automne 2019, Little Boy a pris la direction du Théâtre du Présent, lieu du CROUS Normandie-Rouen à Mont-Saint-Aignan. La toute jeune compagnie normande y mène des projets de création, de diffusion et d’accompagnement. Pas simple quand on vit en quelques mois deux confinements. Alexandre Thoraval et Éva Swartvagher restent optimistes et inventifs.

Un lieu de résidence

Ils sont deux amis, rencontrés au lycée. Deux passionnés de théâtre qui ont « séché des cours pour aller voir Thomas Jolly (comédien, metteur en scène, fondateur de La Piccola Familia, aujourd’hui directeur du Quai, CDN d’Angers-Pays de La Loire, ndlr) à la fac. Il a ouvert des champs du possible. Il nous a incités à oser ». Oser donc aller jusqu’au bout des rêves. Éva Swartvagher et Alexandre Thoraval, comédienne et directrice d’acteurs, comédien et metteur en scène, ont fondé leur compagnie Little Boy en septembre 2016 et fédéré autour d’eux une troupe de 15 artistes. Ils se sont tout d’abord consacrés au répertoire de Copi, puis aux Bas-Fonds de Gorki avant de se retrouver à l’automne 2019 à la tête du Théâtre du Présent à Mont-Saint-Aignan. Avoir un lieu, « c’est une chance. Il y a évidemment le côté pratique. Un théâtre nous permet de répéter, de s’épanouir, de se construire. Cela nourrit aussi notre travail sur la dramaturgie et la mise en scène et permet d’appréhender le public d’une autre manière ».

Avec de jeunes créatrices et créateurs

Cette nouvelle « maison » est un lieu de résidence pour Little Boy. Éva Swartvagher et Alexandre Thoraval la veulent surtout ouverte aux jeunes créatrices et créateurs en voie de professionnalisation pour « des œuvres théâtrales, des solos de clown, des performances, des écritures de plateau… » et des propositions plastiques. « Nous sommes nous-mêmes de jeunes créateurs. C’est important de se rencontrer, de se soutenir et de travailler ensemble, aussi intéressant de créer un carrefour d’échanges et de créations. Qu’est-ce que ces artistes ont à dire du monde ? Comment abordent-ils le plateau ? »

Cette nouvelle saison qui devait commencer ce mois de novembre se devait « jubilatoire et optimiste ». « Il y avait une envie de représenter la dynamique que l’on ressent dans la compagnie. Ce peut être facile de se laisser aller à la nostalgie et à la déprime », remarque Éva Swartvagher. « C’est jubilatoire de voir des artistes sur un plateau. Cela ne passe seulement par le rire. On peut traverser diverses émotions », ajoute Alexandre Thoraval.

Un deuxième confinement

Les artistes de Little Boy vivent leur deuxième confinement. « Le premier nous est tombé dessus. Cela a été d’un coup une grande solitude, avec des angoisses concernant notre métier. Il a fallu trouver de la nourriture culturelle. La suite a été plus heureuse. Nous avons gardé ce lien entre nous et conservé l’écoute de l’autre », confie le comédien. « Nous avons été dans une boulimie de productions. Nous avons posté beaucoup de contenus culturels avec 2 Minutes de notre journée entière. Cette fois, ce n’est pas pareil. C’est plus triste. Les gens sont fatigués et en colère », estime Éva Swartvagher. « Ce deuxième confinement nous met face à un échec commun. Nous sommes punis », poursuit Alexandre Thoraval.

Ce moment à passer loin du public est une occasion pour « se réinventer, rester dans le concret, dans le présent et interroger cette façon de diffuser. Nous sommes privés du principal, le vivant ». Little Boy a une force : une troupe de 15 artistes qui sont « moteur », « forces de propositions ». Et un espoir : « retourner vite au plateau et au spectacle ».

Les spectacles des mois de novembre et de décembre sont annulés. Tout comme certains programmés au début de l’année 2021. « Les artistes n’ont pas pu répéter ». Ces créations seront reportées en toute fin de saison probablement lors d’un « mini festival. Nous allons accompagner jusqu’au bout. Pour certaines compagnies, c’est leur première création. C’est important de les confronter au public. Et il y a de l’humain dans tout cela ».

Créer et transmettre

En attendant, Little Boy va proposer plusieurs créations. Tout d’abord, Tour(s) de disques, une série de vidéos avec les comédiennes et comédiens des Bas-Fonds de Gorki. Chacune et chacun reprendront leur rôle pour dévoiler une playlist de leurs meilleures chansons. Autre idée : Remix qui sera une relecture de scènes du théâtre classique. Le public sera amené à sélectionner quatre sur les dix choisies et pourra imposer des contraintes lors du tournage. Enfin, la compagnie souhaite faire un focus sur la jeune création nationale à travers des newsletters. Le tout est en préparation et sera accessible sur une plateforme.

Comme dans la transmission d’une expérience. L’action culturelle vers les plus jeunes a toujours tenu une place essentielle dans le travail de Little Boy. « Nous voulons garder ce lien avec eux. Nous nous sentons proches d’eux. Nous avons envie de parler des erreurs, des peurs, des doutes, de la joie. Nous ne pouvons pas laisser les personnes toutes seules ». Notamment celles qui sont encore au lycée, « le lieu des premiers travaux, des rêves, des fantasmes, le moment où on fait les choix d’orientation ». Le partage leur est « cher ». 

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