Trois années à L’Autre Lieu

par | 1 septembre 2021 | Vie culturelle

Le collectif Nos Années sauvages passe le relais à L’Autre lieu, l’espace de création et de mémoire, ouvert en juin 2019 au cœur de l’établissement médico-social à Grugny. Thomas Cartron et Sylvain Wavrant dressent le bilan.

2017 marque le début de l’histoire de L’Autre Lieu. Cette année-là, les artistes de Nos Années sauvages qui mènent diverses actions culturelles dans le centre médico-social de Grugny découvrent une montagne de cartons dans un des bâtiments. Des piles de boîtes avec à l’intérieur les effets personnels des résidents décédés que les familles n’ont jamais réclamés. « Cela nous a beaucoup touchés de retrouver tous ces objets. Les découvrir, c’est rencontrer chacune de ces personnes et leur histoire, mettre en valeur tous ces objets », se souvient Thomas Cartron, photographe. Avec le CDN de Normandie Rouen, le collectif rouennais imagine un lieu culturel. Il aura fallu un an et demi pour ouvrir L’Autre Lieu avec un espace de mémoire, un studio de répétition, une salle d’exposition et un atelier.

Pour les artistes fondateurs de Nos Années sauvages, le lieu a été vecteur de vives émotions et de projets généreux. « Cela a changé notre rapport à l’autre. Il y avait des questions que l’on ne se posait pas. Nous avions déjà travaillé avec différents publics dans les écoles, dans les maisons de retraite. À Grugny, c’est vite devenu riche et émouvant. À chaque fois que nous revenions, nous avions un accueil chaleureux de la part des résidents et de toutes les équipes », confie Thomas Cartron.

Une expérience riche

L’Autre Lieu a été aussi une expérience riche. « Nous avons appris à remplir des dossiers, à concevoir un lieu culturel dans un établissement de santé, à développer cet outil et à l’améliorer avec le CDN de Normandie Rouen, une structure ressource. Cela nous a mis sur une route : avoir tôt ou tard un lieu à nous pour organiser des résidences, présenter des expositions, animer un espace pluridisciplinaire. Il y a aussi ce rapport à la nature et à l’environnement. Pour nous, en tant que citoyen, artiste et être humain, c’est un prototype pour l’avenir », ajoute Sylvain Wavrant, plasticien, costumier et scénographe.

À Grugny, dans cet Autre Lieu, Nos Années sauvages a créé ce musée aux murs bleu nuit qui évoque notre rapport à la mémoire, mené une dizaine de résidences chaque année. Avec l’arrivée du coronavirus, le collectif a continué ses ateliers autant sur place qu’à distance en inventant d’autres formes.

Ces années passées à L’Autre Lieu a nourri le travail de direction artistique de Thomas Cartron et Sylvain Wavrant. Le premier s’est interrogé sur « le rapport à l’image, ce qui peut résister au temps, la parole et même le silence que nous avons juste échangé avec des résidents ». Quant au second, il a appris à « anticiper des envies, bien cibler le besoins des personnes qui suivent les ateliers. Dans mes projets, je fais attention à utiliser des matériaux récupérés qui ont une autre âme et une force symbolique ».

Après trois années, Thomas Cartron et Sylvain Wavrant sont « fiers que cet outil perdure ». Ils ont lancé ce projet, mis sur les rails et souhaité confié le lieu à d’autres artistes. Ce sera la compagnie de danse rouennaise, étantdonné, de Frédérike Unger et Jérôme Ferron.

À lire également